mercredi 26 juillet 2006
Les copeaux : escroquerie, mode ou vrai outil oenologique ?
Par Stéphane Toutoundji, mercredi 26 juillet 2006 à 11:59 :: Un peu de technique
Les copeaux sont utilises depuis plus de vingt ans dans la plupart des pays de l’hémisphère sud avec ordre et méthode. Ils sont pour le vinificateur un outil supplémentaire pour adapter les vins au goût du consommateur. J’entends depuis des mois des voix s’élever contre cette pratique oenologique dans les appellations d’origine contrôlées en France, au prétexte du respect du goût et du terroir. L’usage des copeaux seraient une escroquerie qui fausserait le « vrai » goût du vin, maquillant les « mauvais » pour les rendre vendables.
Mais au bout d’un moment il faut bien que quelqu’un explique à ces détracteurs que l’utilisation des copeaux serait plus bénéfique pour leur vin que l’utilisation de barriques de chêne, souvent hors d’age, mal entretenues, et qui donnent au vin plus de défauts que de qualité ! On nous dit très souvent « mon vin est bon car il a fait de la barrique », attention, moi je veux la voir la barrique ! Je préfère mille fois des copeaux, même si sur l’étiquette ça fait moins « chic », qui apportent du gras, de la sucrosité et participent a la complexité aromatique du produit qu’une barrique piquée qui va à coup sûr transmettre des bactéries porteuses d’arômes parasites !
Attention, je ne suis pas un « tout copeaux », comme certains sont « tout barrique ». Dans les appellations prestigieuses de France, il faut continuer à élever les vins en barriques, les vins le supportent et s’en bonifient. La tonnellerie est un art noble qui doit perdurer. Choisir ses bois sur pied dans les futaies de chêne, les faire sécher pendant deux à trois ans, et lentement, par l’eau et le feu, les façonner en barriques, quelle magie ! Mais n’oublions pas que la barrique a été conçue non pas pour bonifier le vin mais pour le transporter au moyen des « gabarres » sur les rivières et cours d’eau. C’est à l’issue de longs trajets en barriques que les vinificateurs ont compris leur intérêt pour l’élevage des vins.
Aujourd’hui, il faut se battre, et de préférence à armes égales avec les pays du Nouveau Monde. Regagnons des parts de marché au Royaume Uni, en Allemagne etc. les copeaux peuvent nous y aider. Au-delà du débat pour ou contre les copeaux, dans lequel je crois avoir clairement exposé ma position, il faut noter quand même notre spécificité française : alors que l’Europe a donné son feu vert, et que nous sommes à deux mois des vendanges, notre ministre de l’agriculture, lui, n’a toujours pas tranché !
Et si on laissait la loi du marché décider ? Si on laissait les femmes et les hommes de progrès avancer et agir ? On pourrait Instaurer une règle simple : pas de copeaux dans les appellations grand cru et pour les autre laisser faire les oenologues compétents ! Leur expérience et leur connaissance des vins français mais aussi étrangers leur permettra de juger de la nécessité ou pas des copeaux. Un peu d’air, un peu de liberté que diable !

