Le jeune œnologue bordelais se dévoile : ses coups de cœur, ses coups de gueule, ses trouvailles, ses réflexions à chaud sur l'actualité de la filière ou sur l'actualité en général…aucun sujet n'est tabou !
Une véritable interface avec le grand public, un trait d'union parfois même humoristique qui permet non seulement d'informer ceux qui le lisent, mais qui me permet de rebondir et d'entretenir mon activité souvent bouillonnante.
Destinés à tous les professionnels et amateurs, le blog a déjà fait couler beaucoup d'encre…
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raslabouteille

mardi 24 octobre 2006

Le millésime 2006 : premières impressions

Cette semaine, les derniers cabernets rive droite et dans le bordelais arrivent en fin de cuvaison. On commence les analyses pour les transformations malolactiques. Les mises en barriques vont suivre d’ici noël. Puis nous attaquerons l’élevage. C’est terminé. Les vendanges sont finies. Alors quel bilan puis-je en tirer, moi qui suis aux premières loges, qui goûte depuis août les raisins, les jus, les moûts, les cuves?

Au risque de me répéter, ce sera un millésime de vignerons, j’en suis convaincu : les soins portés à la vigne et la date des vendanges auront été décisives. Ce qui explique cette incroyable hétérogénéité du millésime. Certaines cuves sont somptueuses, d’autres offrent les pires choses imaginables pour un œnologue. C’est un millésime très complexe, très difficile à vinifier. Riche en enseignements techniques par ailleurs : c’est aussi un millésime d’œnologue. Certaines cuves sont de vrais défis, d’autres de réelles surprises : les rouges ont extrêmement bien réagi au micro bullage par exemple.
Cette complexité rendra le millésime très difficile à acheter : le pire y côtoiera le meilleur. Pour l’instant la presse n’a pas fait de commentaires mais on peut s’attendre à ce qu’elle monte en épingle les ratages, et occulte les joyaux, comme d’habitude. A ma modeste échelle, je vous en ferai connaître!
Alors, comment s’y retrouver dans ce millésime? Une chose est sure : les prix seront abordables, il y aura donc de belles affaires à faire. Mais il faudra acheter avec circonspection, multiplier les dégustations et… lire ce blog!

lundi 16 octobre 2006

Travail de cuvaisons

Mille kilomètres parcourus dans la semaine, des centaines de cuves goûtées : le bébé se présente bien. Les merlots sont en fin de cuvaison, et l’impression se confirme : c’est une grande année pour ceux qui ont travaillé leur vigne. Les vins présentent des notes douces, fruitées, des bouches grasses, des tannins fondus, même si quelques-uns montrent des acidités gênantes à la dégustation, typique d’un manque de maturité. Les terroirs argilo-calcaires du Saint-Emilionnais tirent mieux leur épingle du jeu que les autres.

Quand aux cabernets, ils cuvent à basses températures, les cuvaisons seront plus courtes que pour les merlots. Rive droite, les cuves se goûtent avec plaisir, une belle intensité colorante, des tannins très présents laissent imaginer un beau vin, à suivre de près, on surveille les températures, on respire mieux. Le pire n’est pas arrivé. Le travail se poursuit, dans la concentration et la sérénité.

mardi 10 octobre 2006

Révélations de cuves

Avec le soleil, le moral revient ! Non, plus sérieusement, à force de se persuader que c’est un millésime raté, de faire la politique du pire, on en vient à faire d’agréables découvertes au détour des cuves. Les viticulteurs sont plus calmes, le gros des turbulences est passé, même si les tout petits rendements leur donnent des sueurs froides. La gestation de ce millésime est on ne peut plus lente, c’est très long, mais peu à peu les tannins et les anthocyanes se complexifient, les arômes arrivent au cours des macérations.

Après 3 semaines, les merlots sont de plus en plus beaux, mais on va attendre un peu, pas d’écoulage pour l’instant, ça se révèle plus riche que prévu, alors on laisse faire, en gardant un œil dessus.

Toujours une très grosse hétérogénéité quand même, d’une parcelle à l’autre, d’une propriété à l’autre : voila le vrai problème du 2006. Le consommateur va y perdre le peu de latin qui lui reste, passant d’une bouteille fade et diluée à une belle réussite ronde en bouche. Et toujours pas de moyen de s’y retrouver. Et personne pour dire la vérité. Et tant pis pour ceux qui on travaillé d’arrache pied, de tout leur cœur.

jeudi 05 octobre 2006

Coup de blues

J’ai pas le moral cette semaine ! Les dernières cuves de cabernet sont rentrées rive droite. Faut pas se raconter d’histoire, c’est pas pleinement mûr. Entre du raisin pas mûr et du raisin pourri, on a choisi un moindre mal : du pas mûr. C’est dilué, c’est liquide, ça manque de couleur et de matière…un vrai crève-cœur…Et il faut quand même en faire du vin. J’en ai mal aux tripes.

Ben pourquoi m’avancent certains ? Ce n’est pas ta terre, pas ta vigne, c’est pas tes emprunts ! Oui, bien sûr, vu comme ça… Alors pourquoi ça m’empêche de dormir ? Toujours est-il que je me creuse la tête pour arriver à vinifier « ça », je bats la campagne, goûte des cuves, évalue les tannins -faiblards- , jauge l’acidité -élevée- pour décider de la durée des cuvaisons. Ce sera très très difficile à vinifier.

Ah, les merlots eux, macèrent à environ 30°, ils prennent du volume, font du gras, les cuvaisons ne devraient pas être très longues. En Pomerol, ce sera très beau, surtout les terroirs du plateau qui ont bien profité des dernières chaleurs et sont rentrés avant la pluie. Ça me console de goûter ces cuves : tout n’est pas perdu !

En plus, alors même qu’on est en plein travail, on sait que c’est fichu d’avance : même si on arrive à faire un beau vin avec ces vendanges chaotiques, ce millésime aura mauvaise presse après la « star » 2005. Quoiqu’on fasse, on sera descendus. Pas le moral, je vous dis !

lundi 02 octobre 2006

TAGADA TSOUIN TSOUIN !!!

Je suis un médiocre danseur de rock. Suis embêté s’il faut valser, et carrément ridicule en esquissant des pas de claquettes. Je porte des costumes, des jeans, parfois des bermudas, mais ne suis pas du tout à l’aise avec des trucs en plumes, et refuse d’essayer les faux cils. Je suis œnologue. Oui mais voila, ça n’est plus suffisant pour certains clients. Il faudrait aussi être showman. Avoir de l’entregent. Faire du spectacle pour les critiques, et accessoirement la presse.

Alors moi je dis y’en a marre. Marre de la surenchère. Je peux aider une propriété à fabriquer un vin meilleur, plus en phase avec le marché. A améliorer sa rentabilité, le prix de revient de son vin, à accroître ses marges. Mais je vais quand même pas le vendre à sa place ! Je ne suis pas publicitaire, ni agent de presse. Je suis œnologue, bon sang. A chacun son métier.

Je sais, il y a de plus en plus une grande confusion des genres. Depardieu fait bien du vin m’objecte-t-on. Ben pas à ma connaissance. Il a investi ses sous dans des propriétés vinicoles. C’est pas pareil ! Le vin est le même avant et après son arrivée. Sauf qu’il se fait photographier dans les vignes. Vous l’avez goûté vous, le vin de Gégé ? Moi non plus, je n'ai pas goûté « Confiance », « Ma Vérité », « Référence », « mi Diferencia », « le Bien Décidé », « Lumière » , « Sine Nomine »ou « Spiritus Sancti », tous ces nectars aux si nobles noms et si grands prix (en euros par bouteille) de cet acteur reconverti au marketing.

Je dois être un grand benêt, mais je crois aux valeurs du travail, de l’honnêteté, de la franchise. D’où ma colère quand on me demande de faire des claquettes. Ah, mais vous n’avez pas d’entrées auprès de la presse…ne dînez pas régulièrement avec Bob ? Ben non. J’aimerais, hein, ne croyez pas que je sois contre. Mais je n’ai pas le temps. Je suis œnologue. Je suis dans les vignes, les pieds dans la boue. Dans les cuviers, les pieds dans la lie. Dans les chais, ou dans le labo, droit dans mes bottes, à faire ce que je sais faire, et fier de le faire bien. Mais promis, je vais essayer d’inviter Bob à dîner. Histoire de faire connaissance. D’être moins benêt, quoi !