Le jeune œnologue bordelais se dévoile : ses coups de cœur, ses coups de gueule, ses trouvailles, ses réflexions à chaud sur l'actualité de la filière ou sur l'actualité en général…aucun sujet n'est tabou !
Une véritable interface avec le grand public, un trait d'union parfois même humoristique qui permet non seulement d'informer ceux qui le lisent, mais qui me permet de rebondir et d'entretenir mon activité souvent bouillonnante.
Destinés à tous les professionnels et amateurs, le blog a déjà fait couler beaucoup d'encre…
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raslabouteille

jeudi 30 novembre 2006

Bienvenue en France

Un des aspects très intéressant de mon métier est le conseil à l’étranger. De par sa nature, je participe à l’évasion de nos techniques de travail vers l’étranger, et quelque part à la globalisation ou mondialisation ! L’œnologue français, Bordelais de surcroît, est une denrée recherchée, notre goût et nos méthodes de travail font encore des heureux. Je n’emploie pas ce mot au hasard : à l’étranger, les clients sont très attentifs à nos recommandations et conseils, et l’adaptation aux marchés est beaucoup plus rapide que chez nous. Bien entendu, la législation y contribue : les barrières administratives sont quasi inexistantes, avec un but avoué : que le vin se vende, c'est-à-dire qu’il soit en adéquation avec les attentes du consommateur. Je vous jure que notre métier devient alors très excitant : améliorer la qualité et aider l’entreprise qui vous demande conseil à augmenter son chiffre d’affaire, c’est joindre l’utile à l’agréable. Lorsque vous revenez dans notre magnifique pays, vous retrouvez toutes les pesanteurs de notre système fait de déclarations, papiers, contrôles, amendements, rectifications, l’épisode récent des copeaux en étant une illustration flagrante.

La mondialisation est irréversible, et nous ne sommes pas armés pour y répondre, trop de carcans administratifs, trop de règles à respecter, mis en place pour la plupart par des ministres et des cabinets incohérents, pour ne pas dire incompétents, règles et décrets qui se superposent en strates poussiéreuses. La conséquence sur les viticulteurs comme sur d’autres catégories socioprofessionnelles, c’est cette morosité, cette absence d’envie, cette lassitude qui conduit les français à regarder en arrière et pas devant. L’attentisme règne dans notre pays alors qu’ailleurs ça avance rapidement. De retour de voyage, le contraste est saisissant. Pourtant, nos hommes politiques voyagent eux aussi, ils doivent bien ressentir comme moi cette opposition choquante. Alors qu’attendent-ils pour libérer les énergies et l’envie de faire bouger les choses de nos concitoyens ? En ce moment, comme d’habitude, rien !

lundi 13 novembre 2006

Je reprends du palais !

Je vous avais promis de vous aider à vous y retrouver dans le grand maquis de l’offre des vins français et d’ailleurs. Ça n’était pas une promesse de gascon, mais d’abord j’avais plein de chose à raconter, et ensuite j’ai été aspiré par la tourmente des vendanges. Je vais donc reprendre mes sélections, en mettant les gorgées doubles ! Cette fois, j’ai sélectionné un AOC Côtes de Castillon 2004, le château CADET. Une belle robe sombre aux reflets brillants, un nez où le boisé discret se fond avec d'élégantes notes de fruits mûrs, de tabac et de moka. En bouche, la fraîcheur aromatique domine et impressionne pour un millésime qui n'est pas réputé pour cela. Les tannins sont harmonieux et déjà fondus, un équilibre superbe avec une bouche pleine et charnue. Un superbe vin digne des très grands voisins de Saint Emilion, d'un style moderne et racé, à déguster aussi bien en apéritif qu’au cours d’un repas de cuisine «bourgeoise », lapin à la moutarde ou blanquette de veau, ou sur une viande rouge. Vous pouvez l'apprécier dès aujourd'hui, et dans les deux à trois années à venir

Château CADET 2004

SCEA CADET 33350 SAINT GENES DE CASTILLON Tel 05 57 47 95 15

Propriétaire: Mr Philippe VIAS, 11€

lundi 06 novembre 2006

Copeaux ou pas, on ne sait pas….

l'INAO interdit les copeaux pour les vins d'AOC sans attendre le vote de son Comité National

Le règlement européen 1507/2006 fixant les modalités d’utilisation des morceaux de bois de chêne dans l’élaboration des vins en Europe entre en vigueur aujourd’hui (20 Octobre 2006). Un communiqué de presse de l'INAO rappelle que "Sans attendre la publication de ce règlement, lors de sa séance de juin 2006, le Comité national des vins et eaux-de-vie de l’INAO a proposé au gouvernement un décret permettant de limiter, encadrer ou interdire des pratiques œnologiques, tel que l’OCM viti-vinicole autorise les Etats membres à le faire. Il a approuvé, lors de la même séance, le principe d’interdiction de l’utilisation des morceaux de bois dans l’élaboration des vins bénéficiant d’une Appellation d’Origine Contrôlée, considérant que le recours à cette technique n’entrait pas dans les usages de vinification de l’AOC, et risquait d’affaiblir le lien au terroir. En vue de concrétiser ce principe d’interdiction, un arrêté d’application du décret sera soumis au vote du Comité National lors de sa prochaine séance des 8 et 9 novembre."
L'INAO ne fonctionne pas sur un modèle démocratique, nous le savons, mais on peut se demander comment réagiront les Syndicats d'Appellation favorables à l'emploi des copeaux. Rêvons : Un vote négatif du Comite National provoquerait un électrochoc, ouvrant enfin le débat rationnel, scientifique, économique, culturel tant attendu... Cet épisode "des copeaux" révèle le poids des technocraties à la tête des organisations professionnelles viticoles, indéboulonnables parce que ne rendant de comptes à personnes, indifférentes aux difficultés des vignerons, des coopératives, des entreprises de négoce, de l'ensemble des professionnels du vin. Cet épisode révèle aussi la démission politique et intellectuelle des dirigeants professionnels, probablement par lassitude et individualisme. »In Vitisphère du 20/10/2006

Heureusement que quelques uns réagissent à ces incohérences qui passent inaperçues ! Haro sur le copeau pour l’INAO, allez-y encouragent les Syndicats. Et le vigneron dans tout ça, il fait quoi ? C’est bien joli ces palabres et ces faux débats, mais nous, on est dans le flou le plus complet, avec nos cuves prêtes à vinifier. Je sais bien que pour les technocrates nous ne sommes que des bouseux, des paysans de luxe, mais faudrait bien qu’un jour on arrête de nous prendre pour des bœufs ! Vous commencez à me connaître, partisan de la liberté et du libre arbitre, je clame haut et fort que les copeaux sont un outil parmi d’autres qu’il faut pouvoir utiliser. Foin de schématisations grossières et de simplifications caricaturales, c’est au cas par cas qu’il faut pouvoir décider.
Arrêtons de nous voiler la face, les copains d’ailleurs ils n’hésitent pas une seconde à améliorer leurs vins, ils ont des règlements plus souples et OH ! ils vendent mieux que nous ! Dingue ! Tiens, au Royaume Uni, pour la première fois de toute l’histoire, en 2005 il s’est vendu plus de vins américains que de vins français. Vous êtes surpris ? Pas moi. C’est comme si on demandait à des marathoniens de faire la course à cloche pied. Forcément, ils vont moins vite que leurs concurrents !