Le jeune œnologue bordelais se dévoile : ses coups de cœur, ses coups de gueule, ses trouvailles, ses réflexions à chaud sur l'actualité de la filière ou sur l'actualité en général…aucun sujet n'est tabou !
Une véritable interface avec le grand public, un trait d'union parfois même humoristique qui permet non seulement d'informer ceux qui le lisent, mais qui me permet de rebondir et d'entretenir mon activité souvent bouillonnante.
Destinés à tous les professionnels et amateurs, le blog a déjà fait couler beaucoup d'encre…
N'hésitez plus à partager vos idées !

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raslabouteille

vendredi 26 janvier 2007

SPECIAL GRANDS FROIDS

Bloqué par la neige et le froid, Bordeaux fonctionne au ralenti. Les sujets de grogne sont intensifiés par cette subite paralysie. Mais j’avais parlé de plaisir dans les prémisses de ce blog, et depuis quelques temps, je m’emporte, je vocifère, je rouspète. Bien, et alors Toutoundji ? Ça apporte quoi ? Une goutte d’indignation dans un océan d’indifférence. Vous proposez quoi ? me demandait avec impertinence un lecteur. De ne pas perdre de vue l’essentiel : la vie est faite de petits bonheurs mis bout à bout, et se délecter d’un vin doux au gosier en est un.

Voici deux vins à boire au coin du feu avec quelques amis :

- Château de BEL- Bordeaux Supérieur 2005. Un vin moderne, bien fait, avec une belle présentation qui séduit par sa fraîcheur, sa couleur et son style. Parfait sur du gibier ou un bourguignon, classique sur un beau plateau de fromages, gourmand sur un moelleux au chocolat.

Vignobles Olivier CAZENAVE 33500 ARVEYRES
Tel 05 57 25 70 54 Fax 05 57 51 97 11

- Château Laborde 2004 cuvée 1664 Lalande de Pomerol
L’appellation Lalande de Pomerol est à découvrir, elle bénéficie des mêmes terroirs et du même encépagement que Pomerol pour un prix plus intéressant. Il y a des petites merveilles qui dorment, dont celle-ci! Une couleur rouge sombre aux reflets cerise, un nez de petits fruits rouges écrasés sublimés par un boisé discret et sobre. La bouche est grasse et pleine avec des tannins équilibrés et fondus, ce vin est racé et suave et vous plaira dès maintenant. Il se bonifiera dans les deux à trois ans à venir, une découverte à faire partager à vos amis ! Sublime sur une bonne vieille côte de bœuf à la cheminée, élégant d’harmonie sur les viandes blanches, à tenter sur un ris de veau ou des saint jacques juste poêlées.

Prix 12 €
Vignobles JM TROCARD
Tel 05 57 74 30 52 Fax 05 57 74 39 96

dimanche 21 janvier 2007

QUELLE ÉPOQUE FORMIDABLE

Les nouvelles formes de labellisation des appellations majeures de la rive droite font couler beaucoup d’encre et font monter beaucoup de viticulteurs au créneau. Les articles dans la presse régionale ont été nombreux cette semaine et la polémique est à son comble. Nous savons, que, nous, œnologues, nous allons avoir une campagne détestable avec beaucoup de problèmes, mais nous n’avons rien demandé, nous subissons le système.

Par contre, les syndicats viticoles étant gérés par des viticulteurs et les réunions ayant été fort nombreuses on pouvait penser qu’ils seraient arrivés à trouver un compromis et à pondre un texte qui fasse l’unanimité. Et bien non !

Des viticulteurs écrivent et disent partout que ce nouveau label est scandaleux. Mais où étaient-ils donc quand il fallait décider ? Voila encore un paradoxe bien français : les gens hurlent mais ne proposent rien de mieux, donc les choses se font sans eux, et vogue la galère. Ça sera donc comme ça cette année, tant pis, surtout que, je le répète, cela n’empêchera pas les mauvais vins de passer à travers les mailles du filet !

Cette semaine, j’ai relu avec attention la Revue des Vins de France du mois de Février, ce que je n’avais pas fait depuis longtemps. Le tandem Bettane Desseauve a quitté le navire et le navire ne porte pas le pavillon très haut. Les commentaires sont convenus et sans surprise, il n’y a pas de recherche particulière sur d’éventuelles nouveautés dans les appellations. Par exemple, en Côtes de Castillon on nous parle toujours des mêmes : ainsi le Domaine de l’A et le château d’Aighuille ne sont pas une découverte: tout le monde sait que ces deux vins sont splendides et que leurs propriétaires savent bien faire et le faire savoir. Mais à part cela ? Messieurs les journalistes, faites votre métier, cherchez et faites nous découvrir de nouveaux vins, sinon quel intérêt de publier un mensuel sur le vin et les dégustations ?

Dans le même esprit, Sainsbury, un des premiers opérateurs sur le marché anglais, a sorti un vin surfant sur la vague Vin alicament, avec une teneur en polyphénols (molécules responsables de la protection contre les problèmes cardiaques et de la diminution du risque de maladies cardio-vasculaires cf le ‘French Paradox ‘ ) plus élevé de 30% par rapport aux autres vins du marché, et cela fait un tabac ! No comment, comme on dit de l’autre coté de la Manche, encore une fois, le marketing n’est décidément pas un mot du vocabulaire français !

Et dernière petite brève : le décret est passé auprès de l’INAO pour l’appellation Vin de France, cela veut dire que l’on peut mélanger des syrah de la vallée du Rhône avec un merlot du Languedoc et cela sera très bien pour être compétitif sur le marché mondial. On vit une grande époque, moi je vous le dit !

mardi 16 janvier 2007

Ça commence fort !

Nous avons appris en début de semaine les chiffres définitifs d’arrachage pour la dernière campagne à Bordeaux. Pour simplifier, l’Etat et le syndicat viticole s’engageaient à donner une prime à l’arrachage équivalente à 15 000 € de l’hectare pour l’arrachage définitif et irrémédiable. Objectif espéré : 10 000 hectares, chiffres finalement retenus : 1 500 hectares, soit une misère, rien, une goutte d’eau dans l’océan de la production mondiale. Encore une fois, la France et sa bureaucratie font preuve de compétence et de réussite. Imaginez un commercial qui ne réaliserait que 10 % de son chiffre d’affaire annuel, pensez-vous qu’il aurait de l’avenir ? En France, peut-être ! Et bien là rien, deux encarts dans les journaux et on n’en parle plus, de l’argent, du temps gaspillés, rien au bout, et tout le monde s’en fout ! Les mêmes restent en place et on repart pour une année…

C’est comme pour l’affaire des copeaux de bois dans les vins, dont je vous ai parlé en septembre. Depuis rien de neuf, des réflexions abstraites, des prises de position contradictoires et personne ne sait précisément ce qui est admis et ce qui ne l’est pas. C’est pratique pour travailler !

Dernier épisode rocambolesque, les nouveaux labels mis en place par certains syndicats viticoles. Du grand n’importe quoi ! Pour avoir droit à l’Appellation d’Origine Contrôlée, les vins devaient passer par une dégustation et par une analyse officielle, ce qui n’était pas simple. Maintenant, on complique encore : pour l’homologation désormais, soit on présente tous les lots à la fois, en un ensemble homogène, et les cuves sont ensuite scellées au plomb, soit on fait homologuer lots par lots avant chaque mise en bouteille, dans un délai de deux ans. Très pratique pour qui veut trafiquer ! Bien, mon année va être compliquée… Ces nouvelles procédures sont lourdes et complexes et n’empêcheront pas les mauvais lots de passer la certification et de pouvoir être vendus même s’ils sont indignes de l’appellation. Alors résumons nous : encore une usine à gaz coûteuse et inutile dont nous avons le secret !

Dans la série je suis en rogne, je confirme également que le guide Michelin est hors d’âge. J’ai dîné la semaine dernière au CHAPON FIN à Bordeaux, le chef cuisinier est un élève de Marx à Pauillac. Une cuisine moyenne avec une belle présentation mais manque de consistance : mon entrée était juste chaude, trop de sauces au goût très fort qui masquent la finesse du mets, une carte des vins avec des prix astronomiques pour les vins issus de Bordeaux et un coup de fusil à l’addition. Mention spéciale cependant pour le personnel, très professionnel et très aimable. Ce restaurant a une étoile et est présenté dans le guide comme un bon rapport qualité / prix, j’ai eu du mal à m’en convaincre. Très déçu, et vraiment colère !

Je voudrais juste un jour comprendre pourquoi tout se complique à loisir dans notre pays… Ensuite nous poussons des hauts cris d’étonnement et d’indignation quand les entrepreneurs et les gens fortunés partent s’installer dans des pays avec une réelle intelligence de fonctionnement, et la volonté clairement affichée par l’Etat d’accompagner la dynamique des idées productives, au lieu de sans cesse la freiner, ou même de l’éteindre. Je suis en colère, et je me sens seul : ça n’est pas possible que vous acceptiez ce qui se passe sans rien dire. Râlez donc avec moi, faites moi plaisir !

vendredi 05 janvier 2007

RENCONTRE DU TROISIEME TYPE…

Dans la clientèle d’un laboratoire œnologique privé, on rencontre des gens d’une diversité incroyable, des grands propriétaires à la tête de crus prestigieux depuis des générations (il y en a de moins en moins, les droits de succession y sont pour quelque chose !), des sociétés internationales et compagnies d’assurance représentées par des directeurs bardés de diplômes et avec qui il est plutôt agréable de travailler car les moyens sont là et permettent de bien progresser. Vous avez ensuite les propriétaires de vignes qui font leur métier tranquillement sans se poser de questions sur le pourquoi du comment, et qui vivent leur profession sans passion comme un métier normal ! Et puis il y a Pierre, surgi de je ne sais où et qui a atterri à Saint Emilion il y a maintenant cinq ans, endetté jusqu'aux yeux mais heureuse conséquence, avec 2 hectares de vignes magnifiquement placées. Il questionne, cherche, se remet en question et depuis 2005 fait un très bon vin. L’intérêt de notre métier réside dans ces rencontres avec des êtres atypiques qui vous enrichissent par leur enthousiasme et leur passion, leur volonté de réussir en 10 ans ce que d’autres ont réussi en 50 ans … ou jamais ! Les dégustations avec lui sont passionnantes et il mérite vraiment d’exploser et de vendre ses vins comme il faut. Si les journalistes cherchaient et fouillaient le terroir et les propriétaires, ils auraient déjà dû en parler cette année…

Le château s’appelle LAFON LA TUILERIE AOC Saint Emilion Grand Cru TEL 0689332020 - Fax 0556764978

Pour le prix, voyez directement avec lui. Son nom : Pierre LAFON , lui parler c’est déjà du bonheur.