Le jeune œnologue bordelais se dévoile : ses coups de cœur, ses coups de gueule, ses trouvailles, ses réflexions à chaud sur l'actualité de la filière ou sur l'actualité en général…aucun sujet n'est tabou !
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Destinés à tous les professionnels et amateurs, le blog a déjà fait couler beaucoup d'encre…
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raslabouteille

jeudi 29 mars 2007

PRIMA NOTE

En cette fin de semaine pluvieuse sur Bordeaux, tout est prêt pour la semaine des primeurs : les tentes sont montées, les hôtesses, souvent très jolies, ont été « castées », les échantillons préparés. Les premiers commentaires de dégustation après les premières visites des journalistes sont positives, le 2006 s’est bien goûté, surtout sur la rive droite et spécialement à Pomerol. C’est très bien pour cette appellation.

J’ai déjeuné avec un courtier avant-hier et avec un journaliste hier, et le sujet des primeurs est omniprésent. Je crois que nous sommes tous unanimes, la note de Mr PARKER est indispensable pour bien vendre en primeurs, jamais dans aucun secteur lié au métier de bouche ou de dégustation, un seul homme n’a ainsi fait la pluie et le beau temps. C’est dangereux mais, comme m’a dit le courtier mercredi en souriant, tous les gens qui sont dans ce business et qui en profitent ne veulent surtout pas que cela s’arrête ! Par contre, la découverte de nouveaux produits, qui a fait sa force, est devenue impossible, tant l’enjeu est colossal. C’est dommage, et illustre la perversité du système. J’ai lu deux articles sur le blog de Jean-Luc THUNEVIN, où pour une fois, il livre un peu de ces sentiments. Il parle intelligemment du stress de la période des primeurs et de l’enjeu pour son entreprise de LA note, mais également du milieu du vin, de leur réussite et du regard d’autres propriétaires pas très tendres sur son succès, pourtant largement mérité. Que c’est dur de ne pas être du sérail et de s’imposer dans ce milieu !

J’ai été invité à une belle dégustation sur l’influence des bois par un tonnelier, avec des directeurs techniques principalement venus du Médoc. Je suis effondré et vraiment peiné que ces personnes soient aussi rigides et sectaires vis-à-vis de beaucoup des techniques œnologiques et des méthodes de travail nouvelles, la vitalité œnologique et le questionnement sont vraiment plus flagrants sur la rive droite, même si elles donnent parfois lieu à quelques dérives !

La semaine prochaine, je vous raconterai mes dégustations, mes rencontres et mes impressions de cette fameuse semaine ‘PRIMEURS’

jeudi 22 mars 2007

Primeurs épisode III

La tension commence à monter gentiment dans le landerneau viticole : les premières dégustations officielles de l’Union des Grands Crus Classés ont lieu dans 10 jours maintenant, dans des lieux qui pour tout amateur de vin résonnent comme prestigieux : dans le médoc, Châteaux TALBOT et GISCOURS, MALARTIC LAGRAVIERE en Pessac Léognan, Château BEAUREGARD à Pomerol et le Château LARMANDE à Saint Emilion.

Ces dégustations organisées dans la plus pure tradition bordelaise sont assez amusantes. Les châteaux qui reçoivent en font parfois des tonnes, je ne sais pas comment cela sera organisé cette année, mais je vous raconterai, car l’accès pour le commun des mortels est de plus en plus complexe, pour ne pas dire plus ! Il faut vraiment montrer patte blanche et être vraiment professionnel, la liste des ‘guest ‘ se réduit d’année en année.

C’est un bien car cela évite le spectacle pitoyable des fins de dégustations, où des pseudos cavistes ou restaurateurs sont dans des états alcoolisés plus qu’avancéa, mais d’un autre côté, cette dégustation devient de plus en plus élitiste et se prive d’une partie des clients qui étaient honorés de venir à Bordeaux pour déguster le millésime en primeur.

L’ambiance dans les salles de dégustation est de toute façon plus proche du confessionnal que d’une soirée au VIP. Les gens ont leur verre et passent de table en table en dégustant religieusement devant le propriétaire, le maitre de chai ou la chargée de communication de la propriété (et oui certaines propriétés en ont !!). Le plus intéressant est évidemment de pouvoir discuter avec le maitre de chai qui sait de quoi il parle. Dans l’affluence, courtiers et négociants se saluent poliment et saluent leurs clients étrangers venus nous rendre visite en Bordelais. Cette année, les clients sont moins pressés de venir, car la réputation du millésime est moindre que 2005 et pourtant, sur la rive droite et notamment à Pomerol, il y a de très belles réussites.

Je vous raconterai ma semaine primeurs en détail, cela peut être croustillant. D’ici là, les échantillons se préparent dans le plus grand secret, se polissent, s’affinent, se modifient, tout un métier !

lundi 19 mars 2007

Histoires de primeurs II

En cette mi-mars, les grandes manœuvres pour la présentation du millésime 2006 sont en cours. Cette présentation me fait de plus en plus penser à un combat de boxe, ou à un défilé de mode, selon la sensibilité des gens. Les candidats se jaugent depuis maintenant une petite semaine dans de nombreuses dégustations comparatives afin de pouvoir s’auto évaluer et se caler par rapport aux autres. C ‘est le cas du dynamique Cercle Rive Droite qui regroupe plus d’une centaine de propriétés de plusieurs appellations bordelaises, de l’Association des Crus Classés de Saint Emilion, de l’association des Premiers Crus Classés de Saint Emilion.

Cela permet aux propriétés, à leurs directeurs, maîtres de chais et œnologues conseil de voir si leur bébé a les fesses aussi roses que le voisin qui est dans la couveuse d’à coté, sachant qu’on peut, contrairement au génome humain, le retravailler pour qu’il soit plus conforme ou se goûte mieux dans deux semaines, au moment de la présentation elle-même. Dans certains cas il faut revoir l’assemblage, dans d’autres, il faut retravailler le boisé qui est ou trop présent ou pas assez. La qualité de l’échantillon est primordiale et la pression qui repose sur les propriétés et sur nos épaules est colossale, une bonne dégustation en primeurs et la vente est quasi assurée, une moyenne, cela devient compliqué, une mauvaise équivaut à une mise à mort.

La mondialisation et les moyens de communication sont tels aujourd’hui que le business est bien rodé. Les notes tombent, les fax et e-mails sont envoyés et les ventes décollent. Le système a atteint son apogée en 2006 pour la campagne des primeurs 2005, où les notes du Wine Advocate (bouquin de Mr PARKER) valaient de l’or (au sens propre).

Dans ce système, deux choses sont gênantes : l’enjeu économique et la rentabilité se jouent sur une ou deux dégustations avec un ou deux dégustateurs incontournables… Et le jour où ils ne seront plus là, que va devenir ce système ? Deuxièmement, on ne choisit plus son œnologue conseil ou les négociants avec qui on va travailler par rapport à leurs compétences mais en fonction de leur potentiel de mise en relation, pour être sur d’être noté ! Le système est totalement vidé de son sens premier : les primeurs ont permis à beaucoup de châteaux de décoller et de se faire connaître, à l’époque où l’on pouvait prendre le temps de goûter, souvent à l’aveugle, ce qui n’est plus du tout le cas aujourd’hui. Imaginez un cru très connu qui se goûte mal, ce n’est plus concevable au jour d’aujourd’hui, vu l’enjeu.

L’effervescence des ces fameuses dégustations de primeurs frise l’hystérie à la fin du mois de mars, quand les dégustateurs connus et les journaliste confirment, ou non, leur venue. Suite au prochain épisode !

vendredi 09 mars 2007

Histoires de primeurs

Lors des prochains articles, je vais vous narrer le mois le plus amusant de la planète vin à Bordeaux, la dégustation des vins en primeurs. Cette année, c’est du 1er au 6 avril dans différentes propriétés du Médoc, de Pessac Léognan et de la rive droite, période faste où Bordeaux croit encore être le centre du monde œnologique.

La vente en primeurs des vins consiste à vendre des vins qui ne seront livrables en bouteilles que dans deux ans. Le but du jeu est de mettre sur la place de Bordeaux les vins à un prix inférieur à celui qu’il devrait atteindre dans 2 ans. Les négociants prennent position sur un volume de caisses à acheter qu’ils re-proposent ensuite via internet ou fax dans le monde entier. Les courtiers en vins organisent avec les propriétaires le nombre de caisses que chaque négociant aura comme attribution. Des dégustations permettent de se faire une opinion sur le vin du millésime proposé et les notes attendues de certains journalistes (surtout un d’ailleurs, Mr Robert PARKER dit Bob) est le sésame pour une vente ultra rapide à travers le monde. Une note de Bob au dessus de 90 sur 100 et la vente est assurée !!!

La propriété a l’avantage de récupérer de la trésorerie sur un millésime qu’elle ne devrait vendre que deux ans plus tard, le négoce gagne de l’argent, tout comme les courtiers.

Ce système est unique au monde et présente beaucoup d’avantages, mais également quelques dérives que j’essayerai de vous exposer au cours de ce mois Si le système vous paraît opaque, n’hésitez pas à me poser des questions!

lundi 05 mars 2007

Combat d’arrière garde

Tempête médiatique cette semaine sur Bordeaux : le classement des crus bourgeois du Médoc a été annulé par le Tribunal Administratif et invalidé. Victoire pour certains et défaite pour d’autres, cette décision pousse certains châteaux déclassés au dernier classement de Saint Emilion à entamer une procédure pour demander eux aussi l’annulation. C’est à la fois grave et pathétique, quand on connaît le professionnalisme des jurys et la manière dont se déroulent ces procédures de classification. Le nouveau classement des crus classés de Saint Emilion est vraiment parfait dans l’équilibre des terroirs, des vins, des femmes et des hommes qui sont attachés à ces terres.

Je suis toujours abasourdi quand le travail de plusieurs années est attaqué par quelques uns, recalés justement pour leur manque de dynamisme technique ou commercial et qui préfèrent remettre en cause le classement plutôt qu’eux-mêmes !

Les fluctuations du classement des crus bourgeois engendrent un autre problème : acheter un cru bourgeois médocain, pour un consommateur lambda, n’est plus un gage de qualité. Alors, à quoi sert-il ? Certains, comme le Château SOCIANDO MALLET, préfèrent travailler sur la qualité de leur vin et ne pas se réclamer de ce classement. C’est probablement une bonne approche, puisque cela marche, et au diable le classement !

D’ailleurs, tenez, faites un test : demandez autour de vous à ceux qui aiment le vin et se targuent de savoir le choisir, de vous expliquer les appellations et les classements, vous allez bien rire !

Ces combats sont rétrogrades et n’améliorent pas notre image, bien au contraire. Les bordelais vont finir par être la risée du monde vinicole international. Et pendant ce temps, nos concurrents, que font-ils ? Ils vendent, et très bien, leur vin !