Le jeune œnologue bordelais se dévoile : ses coups de cœur, ses coups de gueule, ses trouvailles, ses réflexions à chaud sur l'actualité de la filière ou sur l'actualité en général…aucun sujet n'est tabou !
Une véritable interface avec le grand public, un trait d'union parfois même humoristique qui permet non seulement d'informer ceux qui le lisent, mais qui me permet de rebondir et d'entretenir mon activité souvent bouillonnante.
Destinés à tous les professionnels et amateurs, le blog a déjà fait couler beaucoup d'encre…
N'hésitez plus à partager vos idées !

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raslabouteille

samedi 28 avril 2007

Humeurs de campagne

Mon dernier article a fait réagir et c’est tant mieux. Un jour, un jour peut-être, nous travaillerons dans un monde juste où les journalistes feront leur métier et où l’honnêteté l’emportera sur le copinage, on peut toujours rêver! Toujours est-il que je tiens à remercier tous ceux qui réagissent sur le blog ou qui m’en parlent de vive voix, quand nous nous croisons, et qui encouragent ma démarche qu'ils trouvent justifiée. En ce moment c’est la grande agitation, LA question de cette période de l’année : c’est quand qu’il sort ces notes ? Demain, ou bien lundi, à moins que ce ne soit pour Vinexpo ! Mais les notes de qui ? De M. Parker, évidemment ! Tous ces gens suspendus à une note et à leur publication, c’est terrifiant. Et, vous pouvez être tranquille, il y a autant de sorties primeurs que d’eau sur la planète Mars. De toute façon ce millésime représente le triomphe des vins markétés par Pierre, Paul ou Jacques et non pas la réalité du millésime, du terroir et des vins.

Parlons d’autre chose. Le vignoble pousse à une vitesse folle et le problème du personnel ressurgit. Il est de plus en plus difficile de trouver du monde pour travailler dans les vignes et cela pour deux raisons : le coût salarial énorme à supporter pour les employeurs, et le peu de personnes motivées par le boulot dans les vignobles. On en revient à cette campagne électorale qui passionne notre pays, où les propositions vont bon train. M. Sarkozy propose dans son programme que les produits agricoles (dont les vins) importés de l’étranger soient soumis aux mêmes règles de production que les produits issus de l’Europe. C’est bien mais nos vins à l’exportation, comment fait-on ? Pour être compétitifs sur le marché mondial, les autres pays producteurs ne vont pas changer leurs règles, c’est à nous de nous adapter et pas l’inverse. Pour ne pas faire de jaloux, du coté de Mme Royal, je n’ai rien entendu, c’est vrai la négociation d’alliances est plus urgent que de parler de la viticulture française.

J’ai découvert un livre (« Casseroles et éprouvettes ») écrit par un éminent chimiste, Hervé THIS, qui propose une approche scientifique de la cuisine. C’est tout simplement génial : on y découvre une vision originale et un apprentissage particulier de la cuisine. L’auteur milite pour l’apprentissage du goût à l’école et l’exploration expérimentale des recettes de cuisine, afin de lutter contre l’obésité et la malbouffe. Quand on voit l’alimentation des ados et des jeunes de nos jours, l’affaire est urgente. Nos enfants, bien éduqués, seraient des consommateurs avertis, pour la cuisine comme pour le vin. Et les producteurs pourraient compter sur une nouvelle clientèle qui boiraient du vin avec attention et passion. C’est exactement ce qui se passe en ce moment aux Etats-Unis, où les classes moyennes et supérieures s’éduquent, boivent moins mais mieux. Ce qui est tout bénéfice pour les vins français !

lundi 23 avril 2007

La Notte, la Notte !!!

Les notes des journalistes continuent de tomber, les unes après les autres, avec leurs lots de copinage et d’incohérence. La palme revient cette semaine à DECANTER où la liste des vins sélectionnés a plus à voir avec le consultant qu’avec la qualité du vin ou du terroir. Amusant ! Par exemple en Côtes de Castillon, la liste ne regroupe que des vins faits par M. De Renoncourt, à croire qu’il vinifie toute l’appellation, ou que M. Lawther ne connaît que lui ! Amusant, je vous dis. Enfin, moi, je m’amuse bien en lisant toutes ces notes.



Par contre, je bois du petit lait (un comble pour un œnologue!) quand tous les journalistes écrivent que 2006 est un millésime de vignerons, de dur labeur dans les vignes et que l’hétérogénéité est là. Vous, vous le saviez depuis longtemps : je vous l’indiquais déjà dans mes billets du mois de septembre, les pieds dans les vignes et en arpentant les routes de Gironde et les cuviers de mes clients.

Sinon, le classement des Crus classés de Saint Emilion est toujours suspendu, suspendu au bon vouloir d’un juge. Cette belle appellation va en pâtir et c’est dommage. La première sortie primeurs a eu lieu cette semaine, il s’agit de SOCIANDO MALLET, et cela n’a pas l’air de se faire facilement, les négociants se préparent donc une longue campagne primeurs qui sera boostée uniquement par les notes de M. Parker. Je peux vous dire que le microcosme attend ses notes de manière plus impatiente encore que les résultats du 6 mai. Que va-t-il se passer quand il ne sera plus là, tant de business reposant sur un seul homme, c’est effarant.

Dernière réflexion au lendemain de ce 1er tour : nous voila amenés à choisir pour président entre un homme qui clame ne jamais boire de vin et un femme qui affirme ne rien y connaître (mais tous deux ont BIEN compris les problèmes de la viticulture, bien sur !). Moi je m’interroge : comment peut-on représenter la France quand on méconnait au mieux, ou méprise au pire, une des composantes essentielles de sa culture ? D’accord, je vous le concède, je me pose aussi cette question cruciale : comment peut-on ne pas aimer le vin ?!

Au fait, il y a longtemps que je n’ai pas abordé des sujets plus légers ou se rapportant à des accords mets/vins. Si vous avez des questions, n’hésitez pas, je vous répondrai aussitôt.

lundi 16 avril 2007

Causeries de printemps

La nature reprend ses droits petit à petit. Le vignoble commence tout doucement à se couvrir de centaines de milliers de petites feuilles d’un vert tendre, transformant le paysage de l’hiver pour le rendre comme je l’aime, verdoyant et gai. Le millésime 2007 démarre donc au niveau du vignoble, les dates de sortie de dormance correspondent à peu prés aux dates de l’an dernier : à confirmer dans les prochaines semaines.

Nous sommes en pleine période de labellisation des vins, et je peste toujours autant contre cette réforme de l’agrément qui n’est pas simple. Imaginez un peu, par exemple, le premier label du syndicat de Lalande de Pomerol a lieu dans dix jours et personne ne connait encore la nature des tests, pratique pour travailler ! Nul ne sait si l’agrément aura lieu sur le lot moyen du chai ou sur du cuve par cuve. Quelle errance!

J’ai déjeuné au château FONCHEREAU à Montussan, en compagnie du nouveau propriétaire mexicain M. Ruiz, qui avait convié entre autres M. Guyon, le propriétaire du Château ROLLAND DE BY, HAUT CONDISSAS et autres. Nous avons débattu de la situation viticole française et du vin en général, et l’échange fut des plus intéressants. Cela fait du bien de rencontrer ce genre d’hommes, à la fois passionné et réfléchi, faisant de très bons vins mais qui ne transpire pas la suffisance.

Autre discussion riche d’intérêt avec Alphonse Mellot (fils), le pape du sauvignon en Sancerre. Nous avons disserté sur les sauvignons du monde et le cas des Bordeaux blancs. Nous sommes tombés d’accord sur le manque de diversité des produits à Bordeaux, victimes d’une seule école et pensée qui consiste à protéger ce cépage de l’oxygène pendant les vinifications et l’élevage. Quel ennui que de goûter des dizaines de produits similaires, tous boisés et avec la même gamme aromatique ! Cela nous dérange en tant que vinificateurs et aussi amoureux de ce beau cépage. Malheureusement, le poids des traditions et de l’Institut d’Oenologie de Bordeaux est encore trop présent sur ce créneau pour que cela change vraiment. En s’éloignant de Bordeaux, prés de Bergerac, aux vignobles DUBARD, on vinifie les sauvignons différemment et ils en manquent. C’est toujours dans les appellations difficiles à vendre que les gens cherchent à évoluer et progresser, leur survie en dépend !

J’espère qu’à Bordeaux nous nous réveillerons de notre apathie, avant de devenir à notre tour, difficiles à vendre…

jeudi 12 avril 2007

IL ECRIT, MAIS IL TRAVAILLE AUSSI!

J'ai l'air comme ça du gars qui a un avis sur tout, un peu électron libre. Ce blog n'était pas destiné à me faire de la pub, ni à étre une vitrine de mes clients. Toutefois, et devant les grincements acariâtres dont je fais parfois l'objet, je vous livre la liste de quelques propriétés que je conseille, et qui ne s'en plaignent pas...

Château BRONDELLE - Graves

Château CADET - Côtes de Castillons

Château CLOS DE LA CURE - Saint-émilion Grand Cru

Château FONCHEREAU - Bordeaux et Bordeaux Supérieur

Château FONGUEYRAT - Saint-émilion Grand Cru

Château FONROQUE - Saint-Émilion Grand Cru Classé

Château GESSAN - Saint-émilion Grand Cru

Château HAUT SARPE - Saint-Émilion Grand Cru Classé

Château LABORDE - Lalande de Pomerol

Château LA GRACE DIEU LES MENUTS - Saint-émilion Grand Cru

Château LAFON LA TUILERIE - Saint- Emilion Grand Cru

Château LA POINTE - Pomerol

Château LARCIS JAUMAT - Saint- Emilion Grand Cru

Château LA REVERENCE - Saint- Emilion Grand Cru

Château LA ROCHE PRESSAC - Côtes de Castillon

Château LASSERRE - Saint-Émilion Grand Cru Classé

Château LA VAISINERIE - Puisseguin Saint-Émilion

Château LE CALVAIRE - Saint-émilion Grand Cru

Château L’ECUYER - Pomerol

Château LES GIRAUDELS - Saint-émilion Grand Cru

Château LES RELIGIEUSES CALVAIRE - Saint-émilion Grand Cru

Château MANCEDRE - Pessac Léognan

Château MILLON - Saint-émilion Grand Cru

Château PLINCE - Pomerol

Château ROC DE CALON - Montagne Saint-émilion

Château TOURNEFEUILLE - Lalande de Pomerol

Château TRAPAUD - Saint-émilion Grand Cru

Château VALENTIN - Saint-émilion Grand Cru

Château VALOIS - Pomerol

Vignobles ROY TROCARD - Fronsac

Vignobles QUET

TURASAN - Turquie

mardi 10 avril 2007

Primeurs 2006 : du bon et des moins bons…

Depuis ce matin, le beau temps s’est installé dans les vignes et la végétation se réveille doucement de son long sommeil hivernal. Le soleil est revenu et les dégustateurs repartis. Le vignoble bordelais a retrouvé sa quiétude après avoir vu déambuler des hommes (souvent !) et des femmes (plus rarement, malheureusement) affublés de petits badges déclinant leur état civil et professionnel, de petits carnets et de petites moustaches virtuelles laissées par ce bon vin rouge dégusté en primeurs. La semaine est donc terminée, déjeuners, diners où les chuchotements feutrés vont bon train : « tu as goûté untel ? » « C’est moins bon que l’année dernière ! » « Tu as vu, le propriétaire ne nous a pas reçu cette année au château, que se passe-t-il? » J’imagine ce que cela doit être pendant les semaines de défilés à Paris ou à Milan…

Sinon, que peut-on dire du millésime?
Après avoir gouté plus de 400 échantillons pendant ces quatre jours, le bilan que je vais vous présenter n’engage que ma pomme et ces échantillons que j’ai gouté. Compte tenu de ce que je vous ai dit dans un de mes précédents papiers, c’est à dire que les échantillons ne représentent pas toujours ce qu’il y aura dans la bouteille dans deux ans, j’ai écarté les châteaux qui, goûtés à plusieurs reprises présentaient des variations gustatives curieuses. Globalement, le millésime se présente mieux sur la rive droite, tout particulièrement à Pomerol où la qualité est assez remarquable. Un vin est splendide : le château LA CONSEILLANTE qui est top de chez top (si vous pouvez vous l’offrir, n’hésitez pas). Ensuite VIEUX CHATEAU CERTAN et GAZIN sont superbes. Enfin, plus abordables, LA POINTE et BEAUREGARD sont particulièrement réussis

En Saint Emilion, je ne vous parlerai pas des micro-cuvées d’un demi hectare, conçues comme des usines à notes et absolument pas à mon goût. Donc de top sur St Emilion : PAVIE MACQUIN, CLOS FOURTET en premier cru classé. Ensuite en cru classé FONPLEGADE, SOUTARD, LA CLOTTE, LA SERRE, CHAUVIN, FONROQUE se sont bien présentés Il est intéressant de noter que deux styles de vins s’affrontent rive droite : un style équilibré avec du bois justement dosé et des tanins fondus et l’autre style : extraction maximale sur des tanins pas forcément mûrs, et là, ça le fait pas du tout !! Les vins du Médoc et de Pessac-Léognan se présentent également en deux catégories : les vins dilués et légers car le vinificateur a jugé que les cabernets sauvignons n’étaient pas mûrs et les autres, où les tanins virils et peu mûrs vous remplissent la bouche avec par-dessus le bois qui vous achève…Pas ma « tasse de thé » ! Quelques vins sont quand même beaux et bons, même à Margaux où la dégustation relevait du cauchemar tant les vins ne se présentaient pas bien. (A propos, juste un message à Mr James SUCKLING, journaliste attitré du WINE SPECTATOR et qui couvre les primeurs : ses notes et son classement sont une errance totale et d’une injustice qui frise la grosse rigolade ! C’est nul, orienté et les notes n’ont aucune objectivité - et dire que le marché américain achète aussi avec ses notes-là, c’est minable-) Bon, ça, c’est fait ! À Margaux donc, BRANE-CANTENAC, LASCOMBES, DUFORT VIVENS s’en sortent très honorablement. A Saint Julien BEYCHEVELLE LEOVILLE BARTON et LEOVILLE POYFERRE sont superbes. A Pauillac, l’ensemble est assez réussi avec PICHON-LONGUEVILLE et CLERC-MILON un cran au-dessus des autres. Quand à Pessac Léognan et Le Sauternais, je n’ai rien gouté de transcendant en rouge ni en liquoreux

Quelques petits conseils, si vous décidez d’acheter des primeurs sur 2006, à part les 20 marques stars (CHEVAL-BLANC, HAUT BRION, LATOUR etc.), il faut que les prix baissent par rapport au millésime 2005, sinon, n’achetez pas. Passez votre chemin et essayez de récupérer quelques caisses de 2005 ou mieux, de 2004, qui est un millésime très réussi à un prix normal

Petits messages personnels : Je tiens à féliciter l’organisation de la dégustation au Château LARMANDE : belle décoration et surtout un petit tour en train du château SOUTARD (propriété récemment acquise par la Mondiale qui détient les deux châteaux) bucolique à travers les vignes jusqu’à LARMANDE, j’en rêvais, c’est fait. Merci Claire pour ce rêve abouti !! Je voudrais également remercier Alain MOUEIX qui a organisé chez lui au château FONROQUE une dégustation de vins Bio de la plus haute volée. Et surtout les propriétaires étaient présents, chaleureux, ouverts à la dégustation et à l’échange. Quel fossé par rapport à certaines tables de crus bordelais où le « bonjour » n’est même pas de mise ! Les vins Bio que j’ai goutés sont superbes pour les blancs, surtout en Alsace (ZIND-HUMBRECHT, ZUSSLIN VALENTIN, JOSMEYER), en Sancerrois (Maison ALPHONSE MELLOT) et de beaux rouges dans la vallée du Rhône (MONTIRIUS et DU COULET). Mais l’ensemble est vraiment remarquable tant par la qualité, la passion de ces viticulteurs et leur gentillesse, merci encore pour ce délicieux moment passé en votre compagnie.

Dernière remarque, pour clore ce billet d’humeur : le classement de Saint Emilion est remis en cause, les satellites n’ont pas réussi à se mettre d’accord avec le syndicat de St Emilion pour fusionner… que du grand Bordeaux ! Et tout cela bien évidemment a été annoncé pendant la semaine des primeurs… heureusement le ridicule ne tue pas à Bordeaux, enfin pas encore !