Le jeune œnologue bordelais se dévoile : ses coups de cœur, ses coups de gueule, ses trouvailles, ses réflexions à chaud sur l'actualité de la filière ou sur l'actualité en général…aucun sujet n'est tabou !
Une véritable interface avec le grand public, un trait d'union parfois même humoristique qui permet non seulement d'informer ceux qui le lisent, mais qui me permet de rebondir et d'entretenir mon activité souvent bouillonnante.
Destinés à tous les professionnels et amateurs, le blog a déjà fait couler beaucoup d'encre…
N'hésitez plus à partager vos idées !

E-Mail :stoutoundji@conseil20pt.com

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

raslabouteille

lundi 30 juillet 2007

Machin européen

Depuis le 4 juillet, nous avons de nouvelles propositions de réforme du marché vitivinicole émanant de la Commission Européenne…Ça y est, L’Europe nous a encore pondu une usine à gaz ! On entend de-ci delà moult commentaires et avis, la plupart très négatifs, comme toujours. Moi qui suis comme Saint Thomas, j’aime bien me renseigner avant de crier avec les loups. Donc, merci Internet, on peut consulter le texte (pas très long et agréablement lisible) ICI. Et ma foi, quand je lis que l’objectif est d’arrêter de dépenser des fortunes pour faire disparaître les excédents et de transférer ces sous pour aider à être plus compétitifs et à mieux vendre, je me dis que ça n’est pas complètement idiot. Ça a le mérite en tout cas d’être novateur, et un peu, réaliste. Comme toujours, attiré par les idées à contre-courant de la morosité ambiante, je hausse un sourcil, intéressé.

J’ai déjà donné mon opinion sur l’arrachage : s’il est volontaire, et s’il permet à des exploitants surendettés qui s’échinent du soir au matin pour des prunes, à sortir la tête haute d’un système exténuant, je dis bravo. Les subventions sont plus élevées les premières années, pour accélérer le processus, et se concentrer sur les parcelles intéressantes qualitativement, et donc rentables, là encore, bravo. L’arrachage, rappelons-le est volontaire. Là où la pilule ne passe pas, c’est quand, quelques lignes après avoir fixé des objectifs d’arrachage à 200 000 Hectares on apprend que les droits de plantation, eux, ne seront libéralisés qu’à partir de 2013… C’est incohérent et dangereux : toutes les études montrent que le vin va manquer à partir de 2009 et l’Europe nous encourage à arracher sans nous permettre de mieux vendre. D’autant que cette même Europe subventionne par ailleurs des plantations gigantesques dans les nouveaux pays membres, comme par exemple la Roumanie, ou la Bulgarie. Lesquels produisent souvent des vins premiers prix qui envahissent les marchés des pays de l’Est.

Donner d’une main, reprendre de l’autre, et gérer dans l’urgence les incohérences nées de cette situation : voila la politique européenne en matière de vin. Comme toujours, parents pauvres de la PAC, nous subissons des textes absurdes. Quoique je le répète, celui là soit un peu moins crétin que les précédents. Mais il aurait fallu aller plus loin, plus fort.

Il faut arrêter de vouloir sauver la filière entière, certains vont et doivent disparaître car ils ne veulent ou ne peuvent pas s’adapter au marché et à ses contraintes, d’autres vendent tout leur vin et en manquent, les deux cas de figure coexistent et doivent être appréhendés différemment. Allez, madame Fisher Boel, encore un petit effort. Vous êtres sur la bonne voie !

lundi 23 juillet 2007

Du raisin et du travail

Les raisins commencent timidement à revêtir leur belle couleur rouge qui va nous permettre d’ici quelques semaines de vinifier un nouveau millésime, le 2007. Les deux derniers mois qui viennent de s’écouler sont riches d’enseignement pour deux raisons : le raisin et le travail.

Le millésime 2006 nous a démontré, et les problèmes rencontrés au cours de la campagne de labellisation par certains propriétaires l’ont illustré, que la matière première et l’état du vignoble étaient essentiels pour réaliser, même pas un bon vin, mais un vin apte à être labélisé. Beaucoup de propriétaires négligent encore trop souvent -ou y sont contraints pour des raisons financières- certains travaux dans le vignoble et cela se paie de plus en plus cash.

2007 en est un autre cas d’école. La pression de certaines maladies, comme le mildiou, a été terrible et l’écart de qualité entre l’état sanitaire et le potentiel vendange est énorme entre les personnes bien conseillées et qui ont souvent des moyens financiers permettant de travailler l’esprit serein et les autres, ceux qui croient tout savoir, ceux qui n’ont plus la trésorerie nécessaire pour traiter comme il faudrait ou pire encore, ceux qui sont entre les mains de techniciens viticoles plus préoccupés par leur commission sur la vente des produits que sur l’état du raisin. Cette campagne a été terrible, froide, humide, avec des écarts de température d’un jour sur l’autre ingérables et il faut espérer pour tout le monde que le mois d’août sera sec et chaud, sinon cela va être coton, très coton ! Pour les vinificateurs et œnologues de la région comme pour les propriétaires. En tout cas, le travail et l’échange avec de bons conseillers paie et cela est de plus en plus patent. La complication du métier est croissante et l’accompagnement devenu indispensable pour appréhender tous ces millésimes que notre chère climatologie rend de plus en plus erratiques.

Sans compter la difficulté, quand on a réussi à surmonter les caprices météo, rentré un beau raisin, vinifié dans les règles de l’art, assemblé avec brio et mis en bouteille aux étiquettes sexy, la difficulté disais-je pour ne pas dire le calvaire, d’arriver à vendre correctement son vin. Parce que quand on est un « petite » appellation, c'est-à-dire mal connue, et qu’on a un nom qui ne parle qu’à quelques connaisseurs, vous pouvez toujours faire le plus beau travail sur des raisins superbes, vous serez ignorés de la gente qui-fait-les –tendances- de-demain. Hervé Bizeul dans son blog en parle avec une plume que je n’ai pas, et sélectionne LE primeur à acheter et que personne en connaît parce qu’aucun magazine ne l’a cité : le château HAUT CARLES à Fronsac. Hein, avouez, vous non plus vous ne le connaissiez pas ? Ben c’est un bijou de travail et d’intelligence gustative. Mais nan, dans les suppléments spéciaux, y vous conseillent les plus que parfaits du top ten, à 500 € la bouteille.
Allez, braves gens, travaillez, encore et toujours. Dieu vous le rendra.

lundi 16 juillet 2007

Veni , vidi, bebi…(je suis venu, j’ai vu, j’ai bu, traduction approximative !)

Or donc, ces dégustations. Tout d’abord, lever le voile sur les vins dégustés, ceux qui sont venus n’ont pas forcement tout noté, et ceux qui n’ont pas pu venir ont le droit d’être mis dans la confidence. 6 Propriétaires étaient présents, et abus de biens ne nuit point, certains ont même fait gouter 2 de leurs vins. En voici la liste :

  • Honneur aux dames : Chrystelle Lirand présentait son Château La Roche-Pressac 2004, AOC Côtes de Castillon. Prix 15 €. Tel 05 57 40 48 24
  • Alexia et Pierre Bouyer apportaient le Château Clos de La Cure, Saint Emilion Grand Cru 2003. Prix :€. Tel : 05 57 24 77 18.
  • Thomas Capdeville nous a fait connaître le Château Du Calvaire 2004, AOC Saint Emilion Grand Cru (Prix 8 €) et le Domaine des Religieuses 2004, AOC Saint Emilion Grand Cru également (Prix 10 €.) Tel 05 57 40 09 34
  • Bernard Laydis apportait 2 Montagne Saint-Emilion, Le Daylis de Roc de Calon, destiné à être bu jeune , (Prix 5,20 €.) et le Château Roc de Calon 2005, de fabrication plus conventionnelle (Prix 11 €.)Tel 05 57 74 63 99.
  • Frédéric Leydet a fait gouter son Château de Valois 2004, AOC Pomerol. Prix : 15€ Tel : 05 57 51 19 77
  • Jean Trocard présentait son Château Mancèdre 2003, AOC Pessac Léognan, au prix de 15€. Tel : 05 57 74 30 52

Rappelons que ces tarifs étaient un privilège accordé aux invités de ces deux soirées de dégustations, pour connaître leurs tarifs habituels ainsi que leurs conditions de livraison, mettez vous en contact avec eux directement.

Bien, mais ils étaient comment, ces vins ? J’aurai du mal à vous les commenter moi-même, puisque je les fais et que j’affirme haut et fort qu’ils sont excellents. Alors, à Bordeaux, au hasard de mes rencontres et discussions, je me suis permis d’embaucher une charmante dame membre d’un club de dégustation amateurs, et elle a bien voulu nous prendre quelques notes de dégustations que je vous livre telles quelles. Cette dame s’appelle Maguy Saint-Ourens, elle existe et n’a pas sa langue ni ses yeux dans sa poche !

« Château La Roche-Pressac 2004, AOC Côtes de Castillon. Très brillant. Couleur cerise mure. Equilibré. Rond. Fruité. A boire rapidement ou dans 4/5 ans.

Château Clos de La Cure 2003 , Saint Emilion Grand Cru . Rubis brillant. Nez discret et complexe. En bouche tannins fondus un peu fermes. Peut attendre 2/3 ans pour plus de plaisir.

Château Du Calvaire 2004, AOC Saint Emilion Grand Cru. Couleur rouge rubis brillante. Nez vanille, bois, âtre froid. Bouche : bois brulé, épices, finale poivre. A boire sur viande rouge, gibier.

Domaine des Religieuses 2004, AOC Saint Emilion Grand Cru. Couleur franche et brillante. Nez réglisse. Fruits. En bouche, tannins ronds, fondus. Très agréable.

Le Daylis de Roc de Calon 2005, Montagne Saint-Emilion. Brillant, quelques reflets bleus. Flatteur. Très fruité, framboise. Un peu sucré. A boire frais.

Château Roc de Calon 2005, Montagne Saint-Emilion. Brillant. Nez de fruits et de fleurs. Tannins fondus. Harmonieux. Fruits rouges. Très équilibré.

Château de Valois 2004, AOC Pomerol. Rubis intense. Nez de fruits murs. Tannins un peu agressifs en bouche qui doivent s’arrondir avec un bon carafage. Typique de son terroir. Rond. Fruits noirs. Velouté, gras.

Château Mancèdre 2003, AOC Pessac Léognan. Rubis clair pétant. Nez de fruits, vanille, un peu réglissé, qui donne envie de gouter. Harmonieux, toujours le fruit en bouche. Correspondance en bouche avec les arômes du nez. Equilibré. Souple. Très réussi.

Dans l’ensemble, constante de notes de fruits, dans toutes les appellations, et harmonie des arômes. Bouches pleines, harmonieuses, très aromatiques. Vins limpides, filtrages exemplaires. Sauf pour le Calvaire, notes boisées très discrètes, bel équilibre (ils ne doivent pas plaire à Parker, ces vins-là !). »

Pour information, le mari de cette dame est reparti les bras chargés de caisses, preuve qu’elle les a aimés, et il n’était pas le seul ainsi joliment lesté à quitter les lieux. Quel bilan en tirer ?
Pour moi, du bonheur. Bonheur de donner à « mes » vignerons l’occasion de raconter leur métier, de défendre leur produit. De se rencontrer et de se parler entre eux aussi, parce que souvent ils ne se connaissent pas. Bonheur de discuter avec des « vraies gens » qui les yeux brillants et les papilles titillées se parlent autour d’une bouteille «je vous assure qu’en finale il y a du gingembre», «celui là c’est fou ce qu’on sent la framboise». Plaisir tout simple aussi de me sentir conforté dans ce que je fais, et d’en tirer l’énergie pour aller plus loin, pour continuer chaque jour à faire simplement le mieux possible ce que j’ai à faire. Avec eux. Avec vous.

Alors, la prochaine dégustation, on la fait où ?

lundi 09 juillet 2007

Dégustation à Arcachon …

La campagne primeurs se termine tout doucement, avec les dernières sorties qui atteignent des prix vertigineux et des quantités réduites. Parker fait de plus en plus le marché et par conséquent les prix. C’est devenu une évidence ! Mais tous ces grands vins vendus à de tels prix font que 99% des consommateurs ne peuvent plus s’en acheter. Ainsi, en vins de Bordeaux dans le futur, il y aura trois types de vins : les premiers prix, le milieu-haut de gamme et les vins qui ne seront plus que des produits de luxe et de spéculation. Le marché du milieu-haut de gamme de Bordeaux a donc un avenir certain, car la qualité s’améliore de jour en jour et les prix sont encore raisonnables.

Ça tombe bien, c’est justement ce créneau de vins que j’ai présenté au Moulleau le 25 juin dernier, et que je présente à Bordeaux ce lundi. Le cadre est toujours important pour une dégustation et la Suite 246 est un lieu qui convient bien : branché mais pas trop, de l’espace et une convivialité certaine. Cela rompt avec les endroits figés et conventionnels trop souvent réservés aux dégustations. Si vous allez sur le bassin cet été du côté d’Arcachon, n’hésitez pas à diner dans ce restaurant, le rapport prix/qualité et plaisir est top !

En ce qui concerne la dégustation proprement dite, on pouvait gouter 8 vins allant du millésime 2003 au millésime 2005, dans 5 appellations représentées. Je ne vous communiquerai les noms des châteaux qu’après la dégustation de Bordeaux pour garder intact l’effet surprise. Globalement, les gens présents, âgés de 35 à 50 ans, étaient tous plus ou moins connaisseurs mais tous amateurs de vin et intéressés par le concept des vins trouvailles. De nombreuses femmes, jolies et élégantes, commentant les vins, passant des commandes en disant à leur maris : « achète celui-là, je le trouve bon », discutant avec les producteurs, échangeant leurs impressions. Que de changements dans cet univers que l’on dit sclérosé, les femmes goûtent, boivent et achètent toutes seules comme des grandes ! C’est génial pour notre métier, car cela ouvre de nouvelles perceptions et sensations, et de nouvelles manières d’envisager le vin et sa consommation.

J’ai constaté encore une fois que le prix de 15€ n’était pas un frein si la qualité était au rendez-vous. Les vins ont séduit par leur caractère et le style qu’ils représentent, tout en respectant leur terroir et leur millésime. Et puis il y a la rencontre avec les propriétaires qui est toujours enrichissante pour des consommateurs car ils ont vraiment des choses à raconter sur leurs vins et leur métier.

La soirée fut riche en échanges et en enseignements : la demande sur ce type de produits existe bel et bien et les personnes présentes n’avaient jamais entendu parler des vins dégustés, preuve s’il en est d’une lacune dans le schéma de distribution et de diffusion des vins. Certains vins de qualité, bien faits, n’ont pas l’écho nécessaire à leur développement commercial, ce qui est fort dommage car les consommateurs attendent ce genre de produits.

J’espère que la dégustation de Bordeaux mettra en évidence les mêmes constats, ce qui nous permettra d’envisager des dégustations dans d’autres villes, avec d’autres vins, et de faire nous même ce que d’autres devraient faire et ne font pas (suivez mon regard…).