Le jeune œnologue bordelais se dévoile : ses coups de cœur, ses coups de gueule, ses trouvailles, ses réflexions à chaud sur l'actualité de la filière ou sur l'actualité en général…aucun sujet n'est tabou !
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Destinés à tous les professionnels et amateurs, le blog a déjà fait couler beaucoup d'encre…
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raslabouteille

samedi 25 août 2007

Retour de vacances…

Le temps exécrable de cet été commence à avoir des conséquences fâcheuses sur notre beau raisin. L’hétérogénéité des raisins est à ce jour assez inquiétante et rendra à coup sur indispensable l’utilisation de tout système de tri de la vendange pour réussir ce millésime qui ne se montre pas pour l’instant sous des auspices dignes des grands millésimes potentiels… Il faudra bien faire avec, et comme disent les anciens, les millésimes en sept à Bordeaux, à part 1947, ce n’est pas génial !

L’été est toujours propice à de nombreux diners et repas, au cours desquels on essaye souvent de m’empoisonner avec des blancs et des rosés qui présentent des équilibres des plus douteux et sont bien souvent affublés de défauts œnologiques assez facilement décelables, mais que je suis malheureusement le seul à trouver. Comme quoi, le palais du consommateur est encore à éduquer ! J’ai été invité pendant ces vacances Chez HORTENSE, célèbre restaurant du Cap Ferret, où le poisson et les crustacés sont à l’honneur. Mais pas les vins, la carte est d’une tristesse affligeante avec des blancs et des rosés sans intérêt et des rouges épouvantables, le tout à des prix frisant l’incorrection. Tout cela ne colle ni avec le cadre, ni avec la cuisine.

Deux vins goutés cet été : un rosé, le Pink de Listel : 9% d’alcool, du sucre et un beau packaging. Le résultat est plus que moyen : le gout est vite écœurant, l’équilibre n’est pas au rendez-vous et cela manque de finesse. Par contre le packaging est top, le service marketing a bien bossé ! Deuxième vin : ICE RED WINE , un rouge léger et fruité très agréable, mais un peu cher et un packaging tristounet. C’est ballot !

Des nouvelles du front des vendanges dès la semaine prochaine, avec la reprise du Journal des vendanges, avant même qu’elles ne commencent, faut bien se préparer pour affronter les pires situations imaginables !

A ceux qui rentrent en ce début de semaine, courage : la reprise se fera sous le soleil!

vendredi 10 août 2007

To BIB or not to BIB

Si on vous dit “BIB”, entendez Bag In Box. Le bag in box est un principe de conditionnement très simple. Il consiste en une poche en plastique alimentaire équipée d’un robinet et d’une protection en carton tout autour. Largement utilisé dans certains secteurs de l’industrie alimentaire comme le lait ou le jus, il a actuellement le vent en poupe dans la filière vin française. Les BIB existent depuis plus de 30 ans en Australie et dans les pays scandinaves où aujourd’hui, plus de 50% des vins vendus le sont en BIB. Ce conditionnement a ensuite séduit les consommateurs canadiens et américains tandis qu’en France, il a été très longtemps associé au vin de table et au vin de mauvaise qualité. Les Français auraient donc un temps, boudé ce conditionnement qui convient à tous les vins de boisson : les rouges, les blancs et les rosés. On observe cependant un véritable bond en avant des ventes de ce conditionnement dans un contexte morose, puisqu’en 2004, les ventes de vin en BIB approchent les 10% du total des ventes réalisées en grande distribution après avoir enregistré une hausse de 25% de 2002 à 2003 et de 26% de 2003 à 2004.

Je vois déjà les yeux agrandis d’horreur de mes lecteurs : voilà que les premiers soleils de l’été on tapé sur la tête du Toutoundji se disent-t-ils. Que nenni ! On commence à se connaitre, et vous savez ma curiosité et mon absence de parti pris. Ou plutôt mon parti pris du non-conformisme. Je ne prétends bien évidemment pas convertir toute la filière au BIB. Non, j’en examine juste les avantages.

Contrairement à la bouteille, qui une fois ouverte, doit se boire relativement vite, le vin en BIB ne s’altère pas. On peut le consommer jour après jour, pendant 6 semaines sans phénomène d’oxydation puisque le vin reste sous vide d’air et à l’abri de la lumière. Les conditions sont ainsi réunies pour qu’il conserve tous ses arômes. C’est donc une formule idéale pour ceux qui aiment un verre de vin avec le fromage mais ne vont pas non plus boire les 75cl d’une bouteille à chaque repas. Ah, mais me répondent les esprits chagrin, mais dans le BIB, le vin n’évolue pas. Certes. Mais avons-nous tous une cave aux conditions d’hydrométrie et de température idoines pour la conservation et le vieillissement du vin ? En général, la grand majorité des bouteilles achetées sont consommées dans l’année…

La grande contenance du BIB (3 ou 5 litres) en fait de surcroit l’allié parfait des tablées conviviales de l’été, sa forme carrée le rend pratique à stocker, son poids est nettement plus raisonnable que son équivalent en bouteilles, bref, que des avantages à l’heure de remplir son caddie. Qui l’est dans l’immense majorité des cas par les femmes, sensibles en plus aux arguments prix et simplicité d’usage. Parce que le BIB est d’un rapport qualité prix excellent. Une outre à vin de 5 litres est d’un prix estimé inférieur de 30% à celui d’un carton de 6 bouteilles. Cet écart tient uniquement aux coûts des conditionnements. D’un côté, on a une poche avec un robinet, emballée dans un carton et de l’autre : 6 bouteilles en verre avec chacune une étiquette et un bouchon, voire un carton. Et non, le BIB ne se limite pas aux piquettes exotiques. On trouve aujourd’hui chez tous les cavistes, et encore plus dans les grandes surfaces, des BIB d’AOC bordelaises dans des millésimes honorables (2004, voire 2005) qui sont mieux que buvables.

Dernier avantage, avec son carton, le BIB possède un champ visuel bien supérieur à celui de l’étiquette d’une bouteille. A côté des emballages classiques qui fournissent des informations relatives à la région et au cépage, on trouve des BIB qui vendent du rêve, caractérisés par un visuel qui évoque l’attrait touristique d’une région et un art de vivre mais aussi des cartons plus design, aux couleurs flash, sans aucune référence visuelle à la vigne. Ces outils de communication calqués sur ceux existant dans d’autres domaines séduisent des consommateurs non traditionnels, sensibles aux effets de mode. Le BIB aurait ainsi réussi à moderniser l’image du vin, à renforcer la « contemporanéité » d’un produit qu’on préfère souvent aujourd’hui consommer occasionnellement, ou dans des contextes « désacralisés ».

Voila en résumé les atouts indéniables d’une nouvelle manière de commercialiser son vin. Chacun est libre de sa démarche commerciale, mais à l’heure où tous subissent les à-coups d’un marché erratique, cette diversification me paraît très porteuse. Pour un second vin, un rosé, ou les parcelles de vignes jeunes. Mais aussi, pourquoi pas, pour un vin à maturité, prêt à boire, et dont ce conditionnement séduira et la grande distribution, et les consommateurs que l’on n’aurait pas touchés avec des bouteilles classiques aux étiquettes en écriture dorées. Parce que bon, on le fait quand même pour le vendre, le vin, non ?