dimanche 30 septembre 2007
Vendangera, vendangera pas ?
Par Stéphane Toutoundji, dimanche 30 septembre 2007 à 21:14 :: Journal des vendanges 2007
Première semaine de vendanges extrêmement chaotique : d’aucuns vendangent, et puis s’arrêtent, et puis reprennent. D’autres attendent encore. Il en est qui croient qu’en cette période de l’année les raisins vont encore murir. On assiste à des scènes rocambolesques où les propriétés s’espionnent mutuellement, pour savoir qui vendange et qui attend encore. On pourrait en rire, mais cela illustre bien le désarroi qui règne sur le bordelais. Millésime bizarre, réactions inquiètes, angoisse de tout rater. Comme si on avait perdu confiance dans les vignes, dans le terroir. Pourtant jamais la technique n’a été aussi performante, pour aider à la décision de vendanger. Les méthodes d’analyses sont ultra performantes, et elles démontrent qu’il ne sert à rien d’attendre plus longtemps, les merlots sont arrivés au bout de ce qu’ils pouvaient donner. Qu’on se le dise, il n’y aura PAS plus de maturité que ce que l’on a déjà. Pire même, cet attentisme pourrait être préjudiciable à la qualité générale du raisin. A trop attendre, on risque une dégradation de la pellicule, une perte des arômes de fruit, et l’apparition de notes lourdes, désagréables. Il n’est qu’à observer la vigne : devenue folle par ces à-coups de température, elle continue à pousser, à faire des feuilles, mais elle n’alimente plus le raisin. Je suis d’accord, c’est frustrant, mais que peut-on y faire ? Dame nature a toujours le dernier mot. Nous voilà au pied du mur, face à un millésime atypique. Faisons avec et sachons en tirer le meilleur parti possible.
A Pomerol, chez M. Luquot, j’ai gouté mes premières cuves de merlot. Et bien, c’est très beau : des notes de fruits rouges, cassis, framboise, mûre, extra, beaucoup de couleur. On va essayer de conserver ces qualités tout en cherchant à extraire la matière qui est un peu absente. Mais je suis sur qu’on pourra en tirer au final quelque chose de très agréable. En blancs secs, la fin des fermentations alcooliques sur les sauvignons donne de magnifiques arômes d’agrumes, de pamplemousse surtout, et d’ananas. Les sémillons sont marqués par une acidité un peu vive, mais l’assemblage des deux devrait donner des vins remarquables de vivacité et d’équilibre. Il va y avoir beaucoup de travail, il ne faut pas se voiler la face, mais après tout, nous y sommes habitués. Alors que Diable, pas de panique, pas de défaitisme : courage, le vin n’est pas encore fait, n’en tirons pas de conclusions hâtives. Et au boulot, vendangeons !

