Le jeune œnologue bordelais se dévoile : ses coups de cœur, ses coups de gueule, ses trouvailles, ses réflexions à chaud sur l'actualité de la filière ou sur l'actualité en général…aucun sujet n'est tabou !
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raslabouteille

dimanche 30 septembre 2007

Vendangera, vendangera pas ?

Première semaine de vendanges extrêmement chaotique : d’aucuns vendangent, et puis s’arrêtent, et puis reprennent. D’autres attendent encore. Il en est qui croient qu’en cette période de l’année les raisins vont encore murir. On assiste à des scènes rocambolesques où les propriétés s’espionnent mutuellement, pour savoir qui vendange et qui attend encore. On pourrait en rire, mais cela illustre bien le désarroi qui règne sur le bordelais. Millésime bizarre, réactions inquiètes, angoisse de tout rater. Comme si on avait perdu confiance dans les vignes, dans le terroir. Pourtant jamais la technique n’a été aussi performante, pour aider à la décision de vendanger. Les méthodes d’analyses sont ultra performantes, et elles démontrent qu’il ne sert à rien d’attendre plus longtemps, les merlots sont arrivés au bout de ce qu’ils pouvaient donner. Qu’on se le dise, il n’y aura PAS plus de maturité que ce que l’on a déjà. Pire même, cet attentisme pourrait être préjudiciable à la qualité générale du raisin. A trop attendre, on risque une dégradation de la pellicule, une perte des arômes de fruit, et l’apparition de notes lourdes, désagréables. Il n’est qu’à observer la vigne : devenue folle par ces à-coups de température, elle continue à pousser, à faire des feuilles, mais elle n’alimente plus le raisin. Je suis d’accord, c’est frustrant, mais que peut-on y faire ? Dame nature a toujours le dernier mot. Nous voilà au pied du mur, face à un millésime atypique. Faisons avec et sachons en tirer le meilleur parti possible.

A Pomerol, chez M. Luquot, j’ai gouté mes premières cuves de merlot. Et bien, c’est très beau : des notes de fruits rouges, cassis, framboise, mûre, extra, beaucoup de couleur. On va essayer de conserver ces qualités tout en cherchant à extraire la matière qui est un peu absente. Mais je suis sur qu’on pourra en tirer au final quelque chose de très agréable. En blancs secs, la fin des fermentations alcooliques sur les sauvignons donne de magnifiques arômes d’agrumes, de pamplemousse surtout, et d’ananas. Les sémillons sont marqués par une acidité un peu vive, mais l’assemblage des deux devrait donner des vins remarquables de vivacité et d’équilibre. Il va y avoir beaucoup de travail, il ne faut pas se voiler la face, mais après tout, nous y sommes habitués. Alors que Diable, pas de panique, pas de défaitisme : courage, le vin n’est pas encore fait, n’en tirons pas de conclusions hâtives. Et au boulot, vendangeons !

lundi 24 septembre 2007

Foires aux vins et foire tout court

Les foires aux vins se déroulent depuis une bonne semaine dans toutes les enseignes nationales dans la France entière. Elles sont riches en beaux produits mais aussi en enseignements. De plus en plus de «belles» étiquettes qui ne voulaient pas entendre parler de grande distribution il y a quelques années y sont désormais représentées et les consommateurs peuvent trouver dans n’importe quelle grande surface des vins comme Figeac, Les grands Maréchaux, certains vins de Jean-Luc THUNEVIN et d’autres, ce qui est une bonne nouvelle. La tension entre la grande distribution et les châteaux a l’air de s’apaiser, d’une part parce que ce circuit de distribution est incontournable, mais aussi parce que les acheteurs mis en place sont de plus en plus professionnels, et n’achètent plus seulement un prix, mais s’intéressent à la qualité. Cette année, vous retrouvez dans les rayons des millésimes 2004 dans les classés et assimilés et des 2005 dans les autres appellations. Globalement, même en étiquette peu connue, le millésime 2005 est bon, vous pouvez donc en acheter quasiment les yeux fermés. Quand aux très bonnes affaires, elles partent le premier jour à l’ouverture et sont souvent rachetées par des restaurateurs, petits négociants et cavistes, un comble !!! Il faut être invité aux soirées privées pré-foire pour pouvoir en profiter. Ce qui est réservé aux très bons clients… Qu’il est difficile de se faire une cave dans ce bas monde quand vos moyens financiers sont normaux !



Les vendanges ont commencé depuis mardi dans la plupart des crus de Pomerol et l’été indien installé depuis plusieurs semaines a eu des avantages certains mais aussi des inconvénients. Le vignoble s’est assaini et le risque de pourriture a été écarté, l’été frais a protégé les anthocyanes et les concentrations sont très importantes, ça, c’est le bon côté des choses. Par contre, les amplitudes thermiques et le manque d’eau provoque un stress hydrique qui empêche une bonne maturation des tannins et une perte de volume de jus par évaporation importante, ce qui est moins bien. La maturité des tanins, qu’ils soient pelliculaires ou des pépins ne sera pas très bonne cette année. Ce qui nous oblige à adapter les conduites des vinifications. J’ai fini d’élaborer le process pour mes clients et l’action va vraiment démarrer lundi prochain rive droite. D’aucuns vont vouloir attendre très tard pour vendanger, au détriment du fruit, qui est merveilleux dans les premières cuves rentrées cette semaine. A chacun ses méthodes…

dimanche 16 septembre 2007

ETE INDIEN

Le beau temps durablement installé sur la région magnifie les couleurs. C’est un plaisir de traverser en voiture ces paysages d’automne et de se promener à pied dans les vignes sous ce soleil à la luminosité douce et ouatée. A propos de balades, je me rends de plus en plus souvent dans l’Entre-deux-mers où j’ai de nouveaux clients et je suis effaré par la poussée immobilière dans cette région. Les lotissements prennent le pas sur le vignoble avec un impact catastrophique sur le paysage : des maisons au crépi « ton pierre » toutes identiques, arborant souvent d’incongrues piscines gonflables aux bleus improbables dans le jardin, on poussé comme des champignons et tranchent sur le vert environnant. Je ne sais pas si les maires de Rauzan ou de Sauveterre de Guyenne s’en rendent compte mais cela heurte vraiment dans ces magnifiques vallons où vignes et bâtisses historiques de pierre blonde cohabitent depuis si longtemps pour donner des paysages à couper le souffle. Et dire que dans certaines communes, la mairie ou l’administration vous embêtent pour une couleur de volets ou une clôture... Encore une fois, il y a deux poids et deux mesures comme souvent dans notre beau pays.

Sinon, la semaine prochaine je prends mes quartiers d’automne dans ma nouvelle maison : mon automobile, et vais faire entre 300 et 500 kms par jour selon mes tournées. Le millésime prend forme, c’est la dernière ligne droite et les questions « c’est quand qu’on vendange » et « quel temps va-t-il faire ? » sont récurrentes. Cet été indien installé depuis maintenant dix jours nous a évité un millésime vraiment pourri. Mais il n’en est pas moins vrai que les raisins ont du mal à mûrir et que la gestation est longue. En résumé, la concentration en anthocyanes (ce qui donne la couleur des vins rouges) est très importante mais les tanins ne sont pas mûrs même si la maturité est un peu meilleure cette semaine. Il va falloir vinifier de manière pointue pour garder du fruit, la couleur et ne pas aller chercher des matières disgracieuses et non commerciales. Ça, c’est mon travail et cette année, il va y avoir du sport !!!

dimanche 09 septembre 2007

Aie ! Aie ! Aie !!!

Le magazine « Que Choisir » publie un article faisant état de « l’échec » des Appellations d’Origine Contrôlée, affirmant qu’un tiers des vins testés n’avait pas la qualité requise. L’article critique mais ne propose aucune solution concrète, ce qui en limite l’intérêt, et pour ma part je trouve que la journaliste a un fait son travail à moitié : ce genre de pavé dans la mare mérite des explications, et des propositions. La critique est facile, surtout quand elle se base sur un « collège d’experts » sur lesquels le lecteur ne saura rien. M. RENOU est vraiment parti trop tôt.

Je vais vous confier une petite anecdote à propos des labels et des problèmes rencontrés illustrant mes prises de positions en faveur de la suppression totale de cette mascarade. La semaine dernière, je me suis rendu à Beychac, au siège du syndicat des Bordeaux et Bordeaux Supérieur avec un de mes clients pour un lot de Bordeaux supérieur 2006 ajourné au sujet duquel je demandais des explications. Le lot était ajourné au motif explicite de : « insuffisant ». Comme c’est l’usage, l’agent de l INAO et le responsable technique du syndicat me font gouter l’échantillon qualité basse qui permet aux juges - dégustateurs de se caler,et sert en quelque sorte de référence du minimum exigible pour obtenir l’agrément. Là surprise, l’échantillon est végétal avec des tanins rugueux, tout à fait le genre de vin qui ne trouve pas de débouché commercial. L’hérésie est totale : donner comme standard de qualité un vin inadapté au marché ! Voilà un épisode typique de la vie des AOC et du système français totalement dépassé.

Les vendanges des Blancs ont commencé dans la région et ce n’est pas gagné ! Les Sémillon sont souvent peu mûrs et dans un état sanitaire préoccupant, les Sauvignons ont un côté très végétal et peu d’expression aromatique. L’été indien installé sur la région, et qui rappelle le temps de la côte Est américaine, nous a sauvé de la catastrophe pour les blancs. Quant aux rouges, les prévisions sont bonnes pour les dix jours qui viennent, les températures sont un petit peu trop basses mais il ne pleut pas c’est déjà ça. Si ce temps se maintient, les premiers raisins seront coupés en milieu de semaine prochaine à Pomerol par les fanas des vendanges précoces. Tout peut encore arriver, c’est un des grands plaisirs de ce métier de fou !

dimanche 02 septembre 2007

Ça y est, c’est la rentrée pour les enfants et les viticulteurs !!!

Après trois jours de canicule digne de l’Asie ou de l’Afrique équatoriale, la pluie est de retour. Ce millésime 2007 n’est vraiment pas béni des dieux. La situation est à ce jour assez complexe, le potentiel qualitatif est compromis dans pas mal de vignobles où la pression du mildiou et le manque de moyens financiers ou humains se font sentir. La vendange va être compliquée pour beaucoup, mais c’est bien connu, nous sommes des magiciens ! N’empêche, le 2007 a du plomb dans l’aile, même les médias s’en mêlent, en parlant dans les journaux télévisés du mildiou, du mauvais état du vignoble et de l’été « pourri ». Comme d’habitude, la généralisation marche à fond et le millésime est étiqueté avant même d’être vendangé. C’est évidemment regrettable, mais en même temps, le Bordelais joue tellement sur l’effet millésime que parfois cela se retourne contre lui. Les vendanges ont déjà commencé pour moi en Turquie, et là-bas comme dans toute l’Europe du Sud, les chaleurs ont marqué l’été. Il faut gérer dans ce cas l’excès d’alcool, les faibles acidités et la surmaturité. En somme, l’inverse d’ici !

Nous avons acheté une nouvelle machine au laboratoire pour nous aider à déterminer la date de vendange et la conduite des vinifications en fonction du volume des baies, de la teinte et de bien d’autres paramètres. La méthode mise au point dans le Sud de la France est intéressante, l’approche novatrice et les résultats sont une aide plus que précieuse à la décision. Nous sommes en effet à la recherche constante de la perfection au niveau de la date de ramassage pour exploiter au mieux la matière première. Et le bon vin se fait avec du bon raisin, nombreux sont les viticulteurs qui l’ont un peu oublié ces dernières années…