lundi 26 novembre 2007
Bordeaux et Bourgogne : la fausse rivalité
Par Stéphane Toutoundji, lundi 26 novembre 2007 à 09:25 :: Billet d'humeur
Décidemment, le livre de Nociter fait couler beaucoup d’encre : des articles dans Paris Match, l’Express, et un certain nombre de magazines, des billets dans pléthore de blogs, le sujet fait débat. Effectivement, le livre est lu et interprété de deux manières : Nociter est pour certains un nouveau découvreur de talents, pour d’autres, le livre est un récit morne et triste, totalement à côté du sujet. Il est vrai qu’encenser des vignerons bourguignons qui foulent aux pieds (et n’ont pas vu un de mes confrères depuis plusieurs années, j’exagère à peine) participe à cet aveuglement collectif du retour aux « bonnes valeurs d’autrefois » et voyez-comme-c’était-bien-de-ce-temps-là. Quant à l’éternel affrontement entre les tenants du respect du terroir et les faiseurs de vin à la mode, le débat est depuis longtemps dépassé. Il en est exactement de même à propos des dégustateurs, et du plus célèbre d’entre eux, américain de surcroît, tout a été dit sans beaucoup d’effet. De nouveaux journalistes viendront, qui feront la pluie et le beau temps sur le marché, et l’on peut rêver, si l’argent et le copinage ne jouent pas trop, les dégustations pourraient être un jour fiables et représentatives de la qualité réelle des vins… Ce qui est sûr, c’est que la comparaison œnologique entre la Bourgogne et le Bordelais est une ineptie. Une région cherche, réfléchit, fouille le terroir, les sols mais également les techniques de vinification et d’élevage, et l’autre par contre, prône le respect total du terroir sans trop d’interventions humaines ni de prise de risque en vinification : le résultat n’est pas forcément à l’avantage de ces derniers.
Certains concepts s’essoufflent d’ailleurs à cause de cet immobilisme : j’étais en déplacement lors du lancement du Beaujolais nouveau, et les gens semblent moins réceptifs au concept du vin nouveau. Mode qui passe ? Cela étant, la qualité plus que moyenne qui vous fait souvent regretter le lendemain matin l’absorption de cette substance, cerveau brouillé, tripes en folie et casque à pointes, est peut-être également responsable de cette désaffection. Dans le lieu branché où j’ai assisté au lancement du Beaujolais, les gens faisaient la fête… au Champagne, et pas des bouteilles bas de gamme ! Est-ce un changement d’habitude de consommation, durcissement des lois oblige, qui mène les gens à se faire plaisir peut-être moins souvent, mais avec de meilleurs produits ? La tendance a l’air de se pérenniser, affaire à suivre.
Par ailleurs, beaucoup de viticulteurs se plaignent des vins qui souffriraient d’un déficit de couleur après le sulfitage qui suit la fin de la transformation malolactique. Rien d’étonnant, cela devait arriver, bien sûr! En effet, les anthocyanes libres dans le vin sont en priorité détruits par l’anhydride sulfureux, un des buts du jeu dans ce beau millésime était de prévenir ce problème, et c’était à la portée de tous. Mais bon, il faut bien choisir son œnologue préféré, et puis si possible écouter et suivre ses conseils. Et ça, c’est plus dur !

