Le jeune œnologue bordelais se dévoile : ses coups de cœur, ses coups de gueule, ses trouvailles, ses réflexions à chaud sur l'actualité de la filière ou sur l'actualité en général…aucun sujet n'est tabou !
Une véritable interface avec le grand public, un trait d'union parfois même humoristique qui permet non seulement d'informer ceux qui le lisent, mais qui me permet de rebondir et d'entretenir mon activité souvent bouillonnante.
Destinés à tous les professionnels et amateurs, le blog a déjà fait couler beaucoup d'encre…
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raslabouteille

lundi 26 novembre 2007

Bordeaux et Bourgogne : la fausse rivalité

Décidemment, le livre de Nociter fait couler beaucoup d’encre : des articles dans Paris Match, l’Express, et un certain nombre de magazines, des billets dans pléthore de blogs, le sujet fait débat. Effectivement, le livre est lu et interprété de deux manières : Nociter est pour certains un nouveau découvreur de talents, pour d’autres, le livre est un récit morne et triste, totalement à côté du sujet. Il est vrai qu’encenser des vignerons bourguignons qui foulent aux pieds (et n’ont pas vu un de mes confrères depuis plusieurs années, j’exagère à peine) participe à cet aveuglement collectif du retour aux « bonnes valeurs d’autrefois » et voyez-comme-c’était-bien-de-ce-temps-là. Quant à l’éternel affrontement entre les tenants du respect du terroir et les faiseurs de vin à la mode, le débat est depuis longtemps dépassé. Il en est exactement de même à propos des dégustateurs, et du plus célèbre d’entre eux, américain de surcroît, tout a été dit sans beaucoup d’effet. De nouveaux journalistes viendront, qui feront la pluie et le beau temps sur le marché, et l’on peut rêver, si l’argent et le copinage ne jouent pas trop, les dégustations pourraient être un jour fiables et représentatives de la qualité réelle des vins… Ce qui est sûr, c’est que la comparaison œnologique entre la Bourgogne et le Bordelais est une ineptie. Une région cherche, réfléchit, fouille le terroir, les sols mais également les techniques de vinification et d’élevage, et l’autre par contre, prône le respect total du terroir sans trop d’interventions humaines ni de prise de risque en vinification : le résultat n’est pas forcément à l’avantage de ces derniers.

Certains concepts s’essoufflent d’ailleurs à cause de cet immobilisme : j’étais en déplacement lors du lancement du Beaujolais nouveau, et les gens semblent moins réceptifs au concept du vin nouveau. Mode qui passe ? Cela étant, la qualité plus que moyenne qui vous fait souvent regretter le lendemain matin l’absorption de cette substance, cerveau brouillé, tripes en folie et casque à pointes, est peut-être également responsable de cette désaffection. Dans le lieu branché où j’ai assisté au lancement du Beaujolais, les gens faisaient la fête… au Champagne, et pas des bouteilles bas de gamme ! Est-ce un changement d’habitude de consommation, durcissement des lois oblige, qui mène les gens à se faire plaisir peut-être moins souvent, mais avec de meilleurs produits ? La tendance a l’air de se pérenniser, affaire à suivre.

Par ailleurs, beaucoup de viticulteurs se plaignent des vins qui souffriraient d’un déficit de couleur après le sulfitage qui suit la fin de la transformation malolactique. Rien d’étonnant, cela devait arriver, bien sûr! En effet, les anthocyanes libres dans le vin sont en priorité détruits par l’anhydride sulfureux, un des buts du jeu dans ce beau millésime était de prévenir ce problème, et c’était à la portée de tous. Mais bon, il faut bien choisir son œnologue préféré, et puis si possible écouter et suivre ses conseils. Et ça, c’est plus dur !

lundi 19 novembre 2007

Semaine d’œnologue

Bonne nouvelle : le classement des grands crus classés a été validé cette semaine, ce qui me réjouit car ce classement doit exister pour le bien de l’appellation et de Bordeaux. Autre bonne nouvelle : le projet de grand contournement autoroutier de Bordeaux a été abandonné, grâce à un large consensus politique bordelais de tous bords autour d’Alain JUPPE. La mobilisation des propriétés médocaines contre ce projet a porté ses fruits, et tant mieux !

J’ai parcouru rapidement le livre écrit par Jonathan Nociter sur le goût et le vin. Ce garçon m’avait déjà agacé avec sa vision étriquée du terroir dans son film Mondovino. La vision biaisée qu’il donnait du métier d’œnologue, frisant la caricature, en suivant Michel ROLLAND pendant les vinifications, m’avait particulièrement choquée (oui oui, après de multiples supplices, j’ai accepté de regarder ce film affligeant!!!). Essayant quand même de dépasser ma première mauvaise impression, je me lance dans la découverte du bouquin. En résumant, il parle du goût de vin, du plaisir de le déguster les vins, mais s’emporte contre les prix et les grands crus. Bien. Et alors ? La totalité du livre est centré sur les grands vins de Bordeaux (5% du volume produit, quasiment inaccessible pour la plupart des gens !!!), mais il ne parle d’aucune découverte, trouvaille ou merveille abordable. C’est un peu enfoncer des portes ouvertes, oui, un Cheval Blanc est une merveille à boire, et oui c’est très cher. Bon. Je suis bien content qu’on en ait fait un livre, et il va surement en vendre du fait de la réputation sulfureuse qu’il s’est construite avec Mondovino mais je vous assure que le sujet n’est pas fouillé, et que le bouquin présente un intérêt plus que limité.

Ma semaine d’œnologue a été comme d’habitude ponctuée par de nombreuses dégustations, et…par une nouvelle contravention pour excès de vitesse. Ce coup-ci, je suis bon pour le stage, je ne sais pas comment nous allons pouvoir continuer à travailler, nous qui roulons beaucoup, avec des radars qui poussent de plus en plus vite de plus en plus nombreux, c’est impressionnant.

Elle s’est clôturée par une commission régionale à Beychac et Caillau, lieu hautement symbolique où finissent les vins qui ont échoué deux fois à la labellisation et leur dernière chance d’obtenir le label est cette dégustation de cinq personnes : la qualité y est souvent pitoyable. Vous n’imaginez pas le nombre de dégustations que fait un œnologue dans l’année, sans aucune rétribution financière. Il est affligeant de voir dans quelle misère en termes de reconnaissance ou même de protection, se trouve le titre d’œnologue. Personne n’imagine aller chez un avocat ou un notaire recevoir des conseils ou signer un acte et ne pas payer d’honoraires. C’est exactement ce qui se passe chaque jour avec le système de dégustations en place : l’œnologue déguste, fait la démonstration de son talent, de son expérience et des ses compétences…pour une poignée de mains ! Même les journalistes maintenant ils se font payer pour faire partie de jurys de dégustations ! Ben pas l’œnologue. Heureusement que je travaille avec des clients qui ont envie de bien faire et de progresser, et puis allez, je peux bien vous le dire, que je me régale à faire ce métier. Parce que y’à des fois où vraiment, je vous jure…

dimanche 11 novembre 2007

En vin, mais pas en vain !

Les écoulages finissent tranquillement sur les terroirs tardifs et il y a de belles, voire de très belles cuves cette année. C’est tant mieux, les amateurs vont pouvoir se faire plaisir avec des vins purs et sur le fruit. Ma seule crainte et elle est partagée, c’est que le manque de volume sur ce millésime au niveau mondial ne permette malheureusement aux vilains canards de la profession de vendre leur vin même s’il est de mauvaise qualité, ce qui est souvent le cas en période de tension sur l’approvisionnement. Il faudrait, c’est utopique mais on a le droit de rêver(!) que les négociants n’achètent pas les mauvais lots et perdent des commandes. Ce qui n’arrivera pas, bien évidemment…

Je voulais signaler la parution d’un livre sur l’histoire virtuelle du 58ème cru classé du Médoc, entre autres, que je n’ai pas encore lu mais dont les critiques sont assez enthousiastes. Le titre est «MARGAUX INTERDIT», et il est disponible sur www.abebooks.com. Ceux d’entre vous qui l’ont déjà lu peuvent nous en faire le commentaire sur Ras la bouteille !

Ça n’est pas tout de parler de la genèse du 2007, ça faisait bien longtemps que je ne vous avais pas confié de trouvailles. En voici deux, pour réchauffer les premiers frimas, ou approvisionner la cave en perspective des fêtes à venir. (Cher Fgsuperferd, je n’ai pas ton mail pour du private!)

Le château CORNELIE 2005, en appellation Haut Médoc à Moulis tél 05 56 70 24 47. Le propriétaire Patrick Grisard est un homme charmant et passionné par son métier et il est communiquant dans sa passion ! Croyez-moi. Son vin est friand, bien fait, complexe avec un boisé parfaitement fondu et une extraction superbement maitrisée, du beau et du bon travail, en plus à 11€ la bouteille c’est cadeau.

L’autre vin est le château D’ARPAILLAN 2005, appellation Bordeaux Supérieur situé à Naujan et Postiac tél 05 57 74 98 69, fax 05 57 84 59 82. Un bon Bordeaux, sobre, sur le fruit, la finesse et l’élégance et qui mérite d’être connu. Et à un prix plus qu’intéressant : 4,20 € la bouteille.

mardi 06 novembre 2007

Philosophie de blog

Comme quoi les commentaires ont de l’impact… Un lecteur- et rédacteur - assidu me faisait remarquer le calme relatif des échanges sur le blog. Quoi ? Plus de lecteurs ? Désintérêt ? Sujets éculés ? Concurrence de la multitude de blogs sur le sujet vineux ? Les statistiques pourtant sont en hausse constante : plus de 90 000 visites rien qu’en octobre, ça n’est pas rien.

Je suis quand même parti enquêter dans la « blogosphère ». Pour m’apercevoir qu’il y en a pour tous les gouts, en matière de blogs sur le vin. D’abord, les blogs didactiques, qui expliquent les cépages, les appellations, les terroirs, etc. Bon, moi ça m’ennuie un peu, forcément, mais je suis convaincu de l’utilité de ces supports vu la complexité croissante de notre système de classification. Donc, hyper utile pour un amateur débutant, ou désirant mieux connaitre une région. Il y a ensuite la grande famille des blogs gourmands, parlant des mariages mets vins (l’un d’eux, canadien, utilise même le mot cavalier « d’accouplements » qui m’a bien fait rire.) Ceux-là proposent aussi des recettes. Je leur trouve quand même le défaut de ne pas donner d’informations pratiques pour se procurer certains des nectars qu’ils commentent. Certaines alliances inédites m’ont mis l’eau à la bouche, et je vais devoir activer tous mes réseaux pour trouver ladite bouteille. Alors un consommateur lambda… Je passe rapidement sur les blogs qui ne sont que des émanations trompeuses de sites plus commerciaux, pour en venir à ceux qui ont ma préférence : les blogs de passionnés. Je les aime bien lisibles, avec de l’humour, de la sincérité, de l’amour de la belle ouvrage. Je vous en livre trois, comme ça, pour la bonne bouche, mais vous les connaissez certainement déjà : le blog des Faunes, des vignerons suisses, pour avoir un autre point de vue, le Carnet de Bord(eaux) par Charles Traonouëz, aux commandes du Château Malromé, et le blog de la Famille Despagne, des vignerons bordelais encore, qui, sous la plume d’un des fils, nous fait vivre en direct la vie d’une exploitation familiale et néanmoins très pro.
Alors verdict ? Ben, j’y ai passé plusieurs heures, me suis bien amusé, me suis couché tard, mais n’ai laissé aucun commentaire... Parce que chaque article lu aurait mérité plusieurs lignes, et que comme tout le monde, j’étais pressé, et –un peu- fatigué !
Rendez-vous en fin de semaine pour la suite du journal des vendanges, et n’hésitez pas, laissez des commentaires, c’est aussi un des objectifs d’un blog !