lundi 25 février 2008
A mon père
Par Stéphane Toutoundji, lundi 25 février 2008 à 11:42 :: Billet d'humeur
Mon père nous a quitté la semaine dernière après une longue maladie pour ne pas parler de cancer. Je veux juste lui rendre hommage car il m’a transmis des valeurs d’honnêteté, de courage et de travail que je porterai en moi toute ma vie. Aussi, je vais vous raconter comment il m’a fait connaître le vin... Lorsque nous habitions en Alsace, il m’emmenait régulièrement à Riquewhir et le long de cette merveilleuse route des vins qui fait la beauté de cette région. Il me faisait visiter des cuviers et des chais où je pensais plutôt à faire des bêtises qu' à écouter ! Chez moi, je voyais des bouteilles de Kiravi ou de Vieux Papes la semaine et le week-end il posait religieusement sa découverte : des Bourgognes, des Beaujolais mais jamais de Bordeaux .
Ensuite, sa vie professionnelle l'a conduit à Bordeaux et c'est à ce moment là que j’ai commencé à découvrir la beauté de cette région, les châteaux et les vins. Le rituel du dimanche avait changé, mon père ne buvait plus, il s’était mis à déguster ! Pas des crus prestigieux car il n’avait pas les moyens financiers mais des Bordeaux, des Premières Côtes de Blaye et des Médoc qu’il qualifiait souvent comme des trouvailles, achetées sur les conseils d’un ami. Il pensait que le Mouton Cadet était le second vin du Château Mouton Rotschild, et cela nous a fait bien rire quelques années plus tard. Et puis j’ai intégré l’institut d’œnologie en 1988, papa avait 58 ans et j’ai commencé à lui faire découvrir des vins et des lieux. Je me rappelle de sa première visite au château Angélus pendant mon stage en 1988 et de son regard envieux et fier. Ensuite quand j’étais au château Cote Montpezat, il venait régulièrement voir les vendanges, les vignes et goûter les vins. Et puis son œil brillait quand je lui servais un grand vin et c’était un plaisir pur et émouvant de le voir déguster du château Palmer ou du château Margaux. Il y a un mois et demi, pour son dernier repas de Noël, je lui ai servi un Château Léoville-Poyférré de l’année de naissance de son petit-fils (1999) et il a longuement savouré ce verre, sachant que c’était l’un de ses derniers...

