Le jeune œnologue bordelais se dévoile : ses coups de cœur, ses coups de gueule, ses trouvailles, ses réflexions à chaud sur l'actualité de la filière ou sur l'actualité en général…aucun sujet n'est tabou !
Une véritable interface avec le grand public, un trait d'union parfois même humoristique qui permet non seulement d'informer ceux qui le lisent, mais qui me permet de rebondir et d'entretenir mon activité souvent bouillonnante.
Destinés à tous les professionnels et amateurs, le blog a déjà fait couler beaucoup d'encre…
N'hésitez plus à partager vos idées !

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raslabouteille

lundi 25 février 2008

A mon père

Mon père nous a quitté la semaine dernière après une longue maladie pour ne pas parler de cancer. Je veux juste lui rendre hommage car il m’a transmis des valeurs d’honnêteté, de courage et de travail que je porterai en moi toute ma vie. Aussi, je vais vous raconter comment il m’a fait connaître le vin... Lorsque nous habitions en Alsace, il m’emmenait régulièrement à Riquewhir et le long de cette merveilleuse route des vins qui fait la beauté de cette région. Il me faisait visiter des cuviers et des chais où je pensais plutôt à faire des bêtises qu' à écouter ! Chez moi, je voyais des bouteilles de Kiravi ou de Vieux Papes la semaine et le week-end il posait religieusement sa découverte : des Bourgognes, des Beaujolais mais jamais de Bordeaux .

Ensuite, sa vie professionnelle l'a conduit à Bordeaux et c'est à ce moment là que j’ai commencé à découvrir la beauté de cette région, les châteaux et les vins. Le rituel du dimanche avait changé, mon père ne buvait plus, il s’était mis à déguster ! Pas des crus prestigieux car il n’avait pas les moyens financiers mais des Bordeaux, des Premières Côtes de Blaye et des Médoc qu’il qualifiait souvent comme des trouvailles, achetées sur les conseils d’un ami. Il pensait que le Mouton Cadet était le second vin du Château Mouton Rotschild, et cela nous a fait bien rire quelques années plus tard. Et puis j’ai intégré l’institut d’œnologie en 1988, papa avait 58 ans et j’ai commencé à lui faire découvrir des vins et des lieux. Je me rappelle de sa première visite au château Angélus pendant mon stage en 1988 et de son regard envieux et fier. Ensuite quand j’étais au château Cote Montpezat, il venait régulièrement voir les vendanges, les vignes et goûter les vins. Et puis son œil brillait quand je lui servais un grand vin et c’était un plaisir pur et émouvant de le voir déguster du château Palmer ou du château Margaux. Il y a un mois et demi, pour son dernier repas de Noël, je lui ai servi un Château Léoville-Poyférré de l’année de naissance de son petit-fils (1999) et il a longuement savouré ce verre, sachant que c’était l’un de ses derniers...

lundi 18 février 2008

Sommelier : le titre de Champion du Monde est la clé du business !

Je suis assez déconcerté par l’effervescence qui se passe autour du titre de meilleur sommelier du Monde. Philippe Faure-Brac avait ouvert le bal il y a quelques années suivi par Olivier Poussier qui a amplifié le phénomène. C’est un peu comme les footballeurs de l’avant et ceux d’après Coupe du Monde 1998. Avant on leur demandé de taper dans un ballon pour un peu d’argent et après on leur a demandé de se laver les cheveux avec tel shampooing et en jonglant avec un ballon pour beaucoup d’argent. La dérive était enclenchée.

On retrouve cette dérive chez les sommeliers primés pour qui ce titre est une véritable clés du succès. Les deux derniers Champions du Monde en titre ont compris le système en mettant à profit leur succès. Résultats pour le premier : deux restaurants, un sur la Côte Méditerranéenne et un à Paris. Pour le deuxième : des dégustations partout dans le Monde. Face à cette médiatisation importante, le rôle initial d’un sommelier est perdu. A croire qu’être dans un restaurant et permettre aux clients de jouir de beaux vins en adéquation avec de bons plats ne fait plus rêver.

D’autant plus, que c’est un titre acquis après un parcours initiatique plutôt rapide car c’est l’entrainement qui prime sur le reste. Pour être bon en dégustation, il suffit de goûter les vins et de les regoûter encore et encore. Pour reconnaître un grand Montrachet ou autre, il suffit de le déguster et de le mémoriser, c’est tout !

Je respecte cette formation mais la médiatisation outrancière est néfaste : faire d’un inconnu une star de la dégustation du jour au lendemain est dangereux et mauvais car certains dégustateurs et critiques goûtent divinement bien et n’ont aucune couverture médiatique. A méditer…

lundi 11 février 2008

Au fil de mes dégustations…une réflexion m’est survenue !

Clos Badon 2004, produit par Jean-Luc Thunevin. Un vin de Saint-Emilion comme je les aime ! Fraîcheur, boisé fondu, plénitude. Challenge remporté pour ce millésime encore peu mûr. C’est en dégustant ce vin de qualité que ma mémoire m’a renvoyée au premier millésime de Château Valandraud, c’est à dire le millésime 1992 en fin d’élevage début 1994. Une fois de plus, j’ai été séduit à la fois par la réussite de ce vin et par l’homme qui le produit.

La réussite de ce compatriote me ramène à une réflexion que je voudrais vous faire partager. Ne pensez-vous pas comme moi que certains viticulteurs ont un certain complexe d’infériorité ? Je suis toujours surpris et tristement surpris que certains propriétaires de la région de l’Entre-deux-Mers et de l’appellation Bordeaux en général soient complexés par rapport aux grandes appellations. Et lorsque j’aborde le thème de l’investissement, ils coupent court à la discussion en prétextant un manque de moyens financiers. J’essaie petit à petit de faire rentrer dans les mœurs que les investissements financiers et humains sont indispensables pour être compétitifs sur ce marché. La plupart du temps, les viticulteurs préfèrent faire appel à des chambres d’agriculture, souvent moins chères, que penser à changer d’œnologue ou de méthodes de travail. Résultats : une production standardisée !

Voici mon credo : investir plus pour vendre mieux et plus cher…

L’assemblage : une vraie magie

J’ai assemblé un joli cru de Lalande de Pomerol et grâce à la magie de l’assemblage et l’humble talent du scribe, le propriétaire va pouvoir mettre sur le marché 15 000 bouteilles supplémentaires de premier vin, soit un gain net de 120 000 euros de chiffre d’affaires. Comme quoi l’investissement à court ou à moyen terme paye toujours !

lundi 04 février 2008

SCOOP !

Un groupe immobilier chinois Longhai international trading Co Ltd rachète une propriété viticole dans le Bordelais : le château Latour Laguens situé en appellation Bordeaux non loin de Sauveterre de Guyenne. La presse s’empare de la grande nouvelle et se déchaîne… Si je m’intéresse particulièrement à cette affaire, c’est parce que je m’occupe de cette propriété depuis le millésime 2007 et que j’adore ce château à tous points de vue. Architecturalement, cette propriété est une bâtisse au charme fou avec un donjon tout droit sorti du Moyen-Age et professionnellement, le vignoble est planté sur un terroir à grand potentiel. Outre mon activité d’œnologue-conseil au Château Latour Laguens, je me suis rendu compte grâce à cette histoire que Bordeaux faisait encore rêver et notamment les étrangers. Même si quelques protectionnistes ont du être surpris, cela relève d’une mondialisation à laquelle on ne peut pas échapper et qui est profitable pour notre beau vignoble. Par exemple, au sein de mon laboratoire, notre clientèle ressemble à un véritable puzzle des quatre coins du Monde. Quel enrichissement et quelle ouverture d’esprit pour nous et les générations à venir…

L’argent, la bourse et… le vin (BIS) !

Un petit mot financier en cette période très chaotique pour la Société Générale. Comme vous le savez, je suis œnologue-conseil et aussi gérant d’une TPE (Très petite entreprise) constituée d’un laboratoire d’analyse que je gère avec un collaborateur. Les moments sont durs pour la Société Générale mais aussi pour nous qui devons assumer des lignes de découverts, de frais divers et multiples que mes partenaires bancaires m’affligent tous les mois. Aujourd’hui, j’ai désormais compris à quoi sert cet argent ! J’ai du louper un épisode : on m’avait dit qu’on allait récompenser la France des gens qui se lèvent tôt, qui travaillent et non plus les financiers mais cette affaire n’encourage pas cette théorie… !