Le jeune œnologue bordelais se dévoile : ses coups de cœur, ses coups de gueule, ses trouvailles, ses réflexions à chaud sur l'actualité de la filière ou sur l'actualité en général…aucun sujet n'est tabou !
Une véritable interface avec le grand public, un trait d'union parfois même humoristique qui permet non seulement d'informer ceux qui le lisent, mais qui me permet de rebondir et d'entretenir mon activité souvent bouillonnante.
Destinés à tous les professionnels et amateurs, le blog a déjà fait couler beaucoup d'encre…
N'hésitez plus à partager vos idées !

E-Mail :stoutoundji@conseil20pt.com

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

raslabouteille

lundi 30 juin 2008

Premier bilan Turc

J’ai passé une grande partie de la semaine dernière en Turquie pour finaliser les assemblages de mon premier millésime turc en blanc et en rouge. Et aussi pour accélérer la mise en place des nouvelles plantations : « Tannat » et « Tempranillo » qui sont au programme pour les futurs millésimes. Avec Edouard Guérin qui travaille sur place en tant que Directeur et Mr Turasan, le propriétaire, nous avons mis en place pour les vendanges 2008 un programme en fonction des terroirs et des cépages à l’échelle de tout le pays.

Par exemple, certains cépages rouges seront vendangés la nuit à 400 km et amenés en camion pour être vinifiés dès le lendemain matin. C’est drôle et vraiment surprenant de pouvoir choisir à cette échelle des raisins. Edouard a fait un boulot extra en une année et s’est vraiment bien adapté. C’est toujours plaisant de collaborer avec des jeunes qui veulent bosser et qui sont passionnés par leur métier.

Sinon, pour le premier millésime en rouge et en blanc, je suis content de la qualité produite dans les cuvées haut de gamme regroupées sous le nom SENELER. Nous allons encore augmenter la qualité l’année prochaine car nous avons décrypté la complexité des terroirs et des conditions climatiques contraignantes de ce pays. Ce travail est indispensable car sans bons raisins, point de salut pour produire des vins de qualité. Je suis donc très confiant pour l’année qui vient et pour l’avenir.

Et puis, se retrouver en CAPPADOCE pour travailler est un délice. Toute cette région autour du village d’Urgüp est classé patrimoine mondial de l’Unesco (comme Saint-Emilion par exemple) pour la splendeur et la typicité de ces paysages sculptés par l’érosion et l’eau (taper Urgüp sur « Google » et vous aurez une idée de la beauté du site). Les habitants ont un sens de l’accueil incroyable et sont d’une gentillesse extrême.

Et maintenant un petit cours sur les cépages ! Vous en trouverez des connus et d’autres plus autochtones :

- en blanc : Chardonnay, Emir, Narince

- en rouge : Merlot, Cabernet Sauvignon, Okuzgozu, Bogazkere

Pour la prononciation, n’hésitez pas à demander !!!

lundi 23 juin 2008

Météorologie et sociologie


On parle constamment de changement climatique avec un réchauffement potentiel mais cette année c’est loin d’être le cas ! Le temps est morose et la pression des maladies est terrible sur certains secteurs. La pluie tombe souvent en grande quantité et empêche les viticulteurs de rentrer dans les vignes pour effectuer les traitements nécessaires pour protéger la prochaine récolte qui s’annonce faible en quantité dans pas mal de vignobles.



Cela fait trois années que le temps joue avec nos nerfs et nous n’avons pas besoin de ça, surtout pour la trésorerie de beaucoup de châteaux car les traitements renouvelés coûtent chers, très chers.

La gestation des nouvelles règles d’agrément est toujours aussi laborieuse et la mise en place me fait de plus en plus sourire : plein de détails ont du être modifiés et tout le monde est perdu ! J’ai rencontré il y a quelques temps un jeune homme qui effectue une thèse sur notre métier de conseil dans le milieu vinicole. Il a interrogé beaucoup de mes confrères avec un questionnaire type qu’il m’a soumis. Nos réponses sont assez intéressantes : notre métier est passionnant mais nécessite une santé de fer et une organisation des plus sérieuses. La quantité d’éléments à traiter pendants les vinifications et la complexité de notre métier nous posent à tous un stress qui fait dire à certains que c’est un métier que l’on ne peut pas faire trop longtemps. Nous sommes tous d’accord que de vinifier un « Top Cru » est quand même une belle récompense et accélère la notoriété du consultant.

Je rentre juste de Turquie ou des journalistes sont venus découvrir les vins que je fais là-bas, les paysages et la vie en Cappadoce.

La Fête du Vin à Bordeaux arrive à grands pas et je suis content car pour la première fois de ma vie, je suis convié à la fête de la Fleur. Il me tarde de voir comment cela se passe !

Et enfin, une bombe à découvrir d’urgence : le château de PRESSAC 2005 AOC Saint-Emilion Grand Cru.

Vous allez vous régaler, c’est une très belle bouteille !!

lundi 16 juin 2008

Le temps, les réformes, la gestation : c’est compliqué !

Tout d’abord une adresse sympa de blog avec plein de tuyaux http://zinzinsduzinc.over-blog.com où vous pourrez trouver des restos et des bars à vins un peu partout en France ! Plein de découvertes et de bons plans.

La nouvelle organisation des agréments est poussive et la surprise est permanente car rien n’est finalisé. Rendez-vous compte, les textes de loi doivent être appliqués dans maintenant 20 jours et c’est le flou artistique le plus complet. La nouvelle procédure a l’air simple mais l’INAO (Institut National des Appellations d’Origine contrôlées) n’a pas l’air décidé à laisser son rôle de contrôle partir vers les organismes mis en place par les syndicats viticoles. C’est un peu lourd à gérer pour nous car les données changent toutes les semaines et il faut s’adapter : une chose vraie le lundi, ne l’est plus le mardi.

Cela fait longtemps que nous n’avons pas vu un temps aussi épouvantable au mois de juin et pour certains, les dégâts dû au mildiou sur grappes sont bien visibles et la récolte devrait être peu abondante pour les viticulteurs qui sont dans ce cas.

La floraison est en cours ou terminée pour les merlots et les cabernets francs, mais la vigne n’est pas belle, le feuillage est pâlichon et elle souffre d’un manque de chaleur et d’un excès d’eau. Ce millésime part sur des bases compliquées mais le millésime 1998 était aussi parti sur ces bases et finalement il s’est révélé très bon. Affaire à suivre !!

Au niveau de la campagne des primeurs, les crus qui sortent maintenant font des affaires moins bonnes que ceux sortis au début de la campagne. La campagne s’essouffle malgré un effort sur les prix fait par les derniers châteaux sortis.

Le business est parfois difficile à suivre !

lundi 09 juin 2008

L’Amérique ! Ah l’Amérique !!!

Je suis rentré de mon périple californien et je suis rempli de réflexions et de questionnements. J’ai été invité dans la Napa Valley pour participer à des conférences techniques concernant les vinifications et la présentation de nouveaux produits œnologiques. Les journées étaient agrémentées de dégustations et de visites de cuviers.

Les deux vallées principales que sont la Napa et la Sonoma Valley sont magnifiques. Elles se distinguent par la diversité de la construction des wineries mais aussi par le décor naturel, où les coteaux jaunis par le manque d’eau et les vignes vertes forment un contraste à la fois saisissant et splendide.

Au cours des conférences et des dégustations, j’ai noté que le niveau technique et œnologique des winemakers (littéralement, les faiseurs de vins) n’était pas des plus élevés. Les échanges étaient très intéressants. Les questions qui m’étaient posées étaient pleines de bon sens et d’envie. Malgré tout, j’ai été surpris à plusieurs reprises par les lacunes et le côté nature de leur métier. En effet, la plupart des vins ont des degrés d’alcool très élevés (supérieur souvent à 16%) et ils laissent souvent leurs vins en barriques plus de deux années (ce qui est très long). Les vins présentent souvent des finales de bouches sèches dû à l’élevage plutôt long et des nez phénolés dû à des contaminations liés à des problèmes fermentaires au regard des degrés potentiels. La plupart des winemakers veulent revenir en arrière en privilégiant le fruit et la fraîcheur mais l’impossibilité d’obtenir des tanins mûrs avec des degrés bas est réelle. Je pense que la conduite du vignoble est à revoir et l’apport en eau également.

J’ai goûté des sauvignons blancs magnifiques, surtout dans la Sonoma valley et les rouges sont tous des monstres de puissance : gros degrés, boisé marqué et beaucoup de tanins.

Le prix des vins m’a fait tourner la tête. Imaginez : la moindre bouteille de qualité est à 30 dollars (environs 20€) et les vins connus dépassent allégrement les 100 dollars. De plus, ils vendent tout !!

Autant nous avons beaucoup à leur apprendre en œnologie autant ils ont à nous apprendre en marketing et en commerce. Il n’y a rien à dire : chapeau bas et félicitations.

Chaque winery a son magasin et sa visite guidée des cuviers ainsi qu’un espace barbecue et détente. Des centaines de voitures sillonnent chaque jours les routes pour des dégustations et des achats. Quelle réussite ! Je vous donne deux chiffres : 19.7 millions de visiteurs et 2 milliards de dollars de chiffre d’affaire pour la Californie avec l’oenotourisme. C’est époustouflant ! Depuis que je suis rentré, une question m’obsède : La France est au centre de 300 millions d’habitants et l’oenotourisme commence à peine. Pourquoi avons-nous autant de retard ? Peut-être parce que nous avions une idée faussée du vin où le luxe devait rester caché. Et le rêve que les propriétés de toute sorte, surtout les plus prestigieuses, s’organisent pour accueillir, faire déguster et vendre leurs vins sur place serait tellement d’actualité et si bien pour notre pays !! Des initiatives comme la winery de Mr Raoux ou les idées de Mr Magrez devraient se multiplier et être supportées. En Californie, le célèbre gouverneur fait de la publicité en disant « vous reviendrez » (clin d’œil à Terminator) ? Et chez nous ?

lundi 02 juin 2008

La Californie !

Je suis actuellement en Californie, invité pour participer à des conférences données aux winemakers californiens sur les nouvelles techniques de vinification (je sais, vous allez encore dire que c’est de l’évasion non pas fiscale mais de technologie !). Je parcours toute la Napa Valley et la Sonoma qui sont les régions qui produisent les vins les plus qualitatifs des Etats-Unis. Rendez-vous la semaine prochaine pour un débriefing de ce voyage…

Jacques Dupont a sorti son numéro Spécial Vins du Point. C’est comme d’habitude : clair, analysé et précis. Si seulement tous les journalistes faisaient le même boulot, cela serait le rêve. Il a son goût et cela se ressent.

Je suis content : sur la rive droite, trois coups de cœur figurent parmi sa liste :

M. Luquot à Pomerol avec son Château Guillot, homme charmant et discret avec qui j’ai plaisir à travailler.

Alain Moueix avec le Château Fonroque où nous nous enrichissons mutuellement et çà c’est top !

Alexia et Pierre Bouyer avec le Château Clos de la Cure en Saint-Emilion Grand Cru qui est de mieux en mieux et qui est une des plus belles réussites de Saint-Emilion sur ce millésime difficile.

Je suis content pour eux car le travail paye, et puis Jacques ne parle jamais des consultants, et il a souvent raison (relisez un de mes textes précédents) mais bon je suis quand même fier de vous dire qu’une grosse majorité de vins sélectionnés par le Point sur la rive droite était conseillés par ma pomme.

Au fait, par rapport au texte de la semaine dernière, je me suis vu contrait d’annuler une assurance que nous avons au laboratoire pour du bris de matériel . On ne sait jamais, si les remboursements et les contrats ont la même valeur que la parole des directeurs des propriétés rachetées, mieux vaut être prudent !

Mieux vaut rire de tout cela.