Le jeune œnologue bordelais se dévoile : ses coups de cœur, ses coups de gueule, ses trouvailles, ses réflexions à chaud sur l'actualité de la filière ou sur l'actualité en général…aucun sujet n'est tabou !
Une véritable interface avec le grand public, un trait d'union parfois même humoristique qui permet non seulement d'informer ceux qui le lisent, mais qui me permet de rebondir et d'entretenir mon activité souvent bouillonnante.
Destinés à tous les professionnels et amateurs, le blog a déjà fait couler beaucoup d'encre…
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raslabouteille

lundi 28 juillet 2008

Et ça va durer longtemps ?

Ce mois de juillet est très particulier, l’inquiétude est grande dans la filière et se fait ressentir tous les jours par les mots ou les actes. Par exemple, hier un propriétaire d’une soixantaine d’années est venu se confier sur l’avenir de sa propriété et de son métier. Il a été particulièrement affecté par la campagne Primeurs qui vient de se terminer et de la mévente de ses vins. Ses deux plus gros clients l’ont abandonné et il a vendu un quart de sa récolte. Il veut revenir à une vendange machine et diminuer ses achats barriques. Mais je lui ai conseillé de ne pas dénigrer la qualité mais plutôt de trouver de nouveaux clients car ses prix de vente sont corrects, le vin est délicieux et il est même noté tous les ans par Mr Parker. Vendre son vin est vraiment un combat de tous les jours et cela devient compliqué pour certaines personnes.

Autre dure réalité, c’est le changement lié aux nouvelles mesures de mise en marché et le contrôle amont qui en découle : les vignes et le chai. Certains propriétaires ont tellement reculé pour investir que leur outil de travail est impossible à mettre aux normes. En Bordeaux par exemple, entre thermorégulation, pressoir, traitements des effluents, conformité du vignoble, et j’en passe, des sommes de 150 à 200 000 Euros sont à débourser. Avec un prix moyen du tonneau à 900 €, c’est impossible. Nous assistons donc à une mutation que j’avais prévu, mais pas aussi rapide. En effet, ces propriétaires deviennent apporteurs en caves coopératives ou vendent leurs vignes à des propriétés plus importantes.

Le résultat sera intéressant à observer dans les années à venir : moins d’acteurs, plus de qualité et de régularité dans les produits et des prix qui devraient monter (d’après mes lointains souvenirs de cours d’économie ça se passe comme ça !).

lundi 21 juillet 2008

C’est enfin l’été et la vie passe !

Il fait beau depuis quelques jours sur le grand Sud Ouest, ce qui permet aux viticulteurs de souffler un peu. L’état du vignoble est vraiment différent suivant les terroirs et le matériel végétatif. Sur une même propriété, certaines parcelles présentent des rendements nuls ou avoisinant le zéro et d’autres parcelles ont une vendange normale. Les cabernets présentent un rendement tout à fait correct, ceci étant du à une floraison très homogène. Par contre, pour les merlots, la situation est des plus délicates. En effet, il va falloir gérer cette abondance de rendement sur des parcelles et le manque sur d’autres. Les vendanges en vert, pour ceux qui en font, vont être difficiles à faire.

En ce moment, tout est compliqué pour notre filière. Les discussions tournent autour des augmentations de gasoil, des bouteilles, du papier qui sert à faire les étiquettes et les cartons. La mise en place des nouvelles procédures d’agrément et l’augmentation du coût de production va faire des dégâts, surtout en appellation Bordeaux ou le tonneau de vrac a du mal à décoller des 900 euros.



Mais la filière semble attentiste et l’Etat encore plus ! La dernière nouvelle venant de l’Elysée est de nature à nous rassurer : les achats pour la cave du Palais Présidentiel ont diminué de 40% en 2007.



L’état moral de notre profession et de beaucoup de Français est comment dirai-je ? désabusé. Alors on se raccroche à la nostalgie, comme on a pu le voir au Stade de France où 80 000 personnes ont célébré de manière grotesque l’anniversaire de la victoire des bleus en 1998. Le même jour, Zinedine Zidane accordait une longue interview au journal l’Equipe où il disait qu’un changement profond aurait pu venir après cette victoire car la fraternité, le respect et la fierté résonnaient haut et fort et la société aurait pu être modifiée pour faire de notre pays un pays qui va de l’avant, mais c’était sans compter sur nos décideurs qui ne l’ont pas vu ou pas voulu…

mardi 15 juillet 2008

Ca recommence !!

J’ai volontairement laissé passer quelques jours pour réagir à la décision du tribunal administratif qui a annulé le classement de Saint-Emilion.

Le sujet fait grand bruit dans la sphère viti-vinicole, mais cela n’est pas trop grave. Ce qui est dramatique pour l’image, c’est que le sujet a dépassé la sphère et le grand public se pose maintenant des questions, ce qui n’était pas le cas au précédent problème. Ce feuilleton politico-juridique est grave pour l’appellation et l’image des vins français dans le monde. On se rend bien compte de l’évolution de l’esprit entre les deux classements. Les châteaux déclassés en 1996 l’ont pris avec dignité et philosophie, ce qui est bien. Par contre, en 2006, certains châteaux déclassés l’ont très mal pris et ont cherché par tous les moyens à annuler et détruire ce nouveau classement. Pour l’instant, ils ont gain de cause, mais si le classement n’existe plus ? A quoi bon l’attaquer ? Les 2006 seront livrés avec quelle appellation ? Je suis persuadé que ce problème de classement a joué sur la mauvaise campagne primeurs de la rive droite sur le millésime 2007.

Si l’on se positionne de l’autre côté de la barrière, l’équité n’a pas été respecté pour les dégustations et pour les visites des postulants au classement. L’INAO est grandement responsable de cette mauvaise organisation. Il vaudrait mieux mettre au point un contrôle annuel avec un cabinet privé type Véritas et tout serait plus clair. C’est un foutoir ridicule et indigne d’une grande appellation qu’est Saint-Emilion.

Les châteaux qui se réjouissent maintenant feront peut-être pâle figure dans quelque temps car l’issue de cette crise va être longue.

Pour info, vous pouvez écouter l’excellent reportage du journaliste Emmanuel LANGLOIS de France Info qu’il a fait sur mon travail et l’aventure TURASAN en Turquie :

http://france-info.com/spip.php?article154859&theme=81&sous theme=153

Le classement de 1996 vient d’être revalidé ! et quid des classés de 2006 ? On marche sur la tête. C’est à ni rien comprendre ! Il fallait oser le faire…

lundi 07 juillet 2008

Bordeaux fête le vin et moi aussi !

Bordeaux a fêté le vin il y a quelques jours sur les quais et le record d’affluence a été battu : plus de 450 000 visiteurs contre 350 000 pour l’édition précédente. Cela confirme ce que je pense depuis toujours : l’oenotourisme est sous exploité sur Bordeaux et sa région. Cette différence vertigineuse de fréquentation en est la preuve. Les châteaux qui seront accessibles et qui auront cette démarche peuvent envisager de beaux jours devant eux.

Pendant ce week-end festif, j’ai été convié par Mr Alfredo RUIZ et son épouse, propriétaires du château FONCHEREAU à Montussan à deux soirées : la Fête de la Fleur et une soirée sur le bateau école de la marine mexicaine, le CUAUTHEMOC, qui est revenu nous enchanter par sa beauté et ses lignes dans notre beau Port de la Lune.

La Fête de la Fleur était superbement organisée, avec de jolies tentes installées rive droite au bord du fleuve, ce qui a permis un bel échange et des clins d’œil pendant les discours de Mrs Juppé et Cruse qui furent courts et sympas. La jet set était là et les intronisations ont été comme d’habitude émouvantes pour la plupart des récipiendaires. J’ai trouvé une ambiance détendue et cool au regard de ce qui peut arriver dans ce genre de dîner. Je pense que la personnalité de Mr Emmanuel Cruse y est pour beaucoup : le smoking n’est plus obligatoire ouf !! La magie de cette soirée est grande et les étrangers présents sont vraiment sous le charme (moi aussi d’ailleurs). La cuisine était bonne et les vins sélectionnés allaient bien avec les plats servis, mention spéciale pour le Château Montrose 1996 qui était parfait.

Le feu d’artifice tiré ensuite devant le Pont de Pierre était lui aussi très réussi. Notre table était moitié mexicaine et moitié française, et cette mixité nous a valu une soirée drôle, enjouée et plus que cordiale. Cerise sur le gâteau quand Monsieur Le Maire, Alain Juppé, est venu s’asseoir à notre table, tout sourire et chaleureux, pour discuter avec nous pendant quelques minutes.

Ensuite, le lendemain, Alfredo RUIZ nous a conviés à un cocktail sur le CUAUTHEMOC pour présenter à nouveau les vins que nous faisons ensemble à Montussan. 300 personnes étaient là et tout était parfait : le temps, les vins, les convives et ce merveilleux trois-mâts qui est somptueux. Les officiers et les marins sont d’une gentillesse rare et ont l’habitude de côtoyer des gens du monde entier (ils passent 9 mois par an en mer quand même !).

Je vous remercie, Esther et Alfredo, pour vos invitations et pour la passion que vous mettez à faire connaître ce Château, dont le terroir remarquable a été longtemps non exploité à sa juste mesure, et qui, grâce à vous, renaît à grande vitesse…