lundi 22 octobre 2007
LE VIN REND ZINZIN
Par Stéphane Toutoundji, lundi 22 octobre 2007 à 09:07 :: Journal des vendanges 2007
Semaine un peu folle mais très instructive. Le millésime se dessine plus nettement ; les cuvaisons se terminent en Pomerol et sur les terroirs précoces où les écoulages débutent. C’est une période de tâtonnements, il faut rester pragmatique et à l’écoute de ses cuves : alors qu’on tablait sur des temps de cuvaison courts, on a la surprise de voir arriver du gras et du volume, et donc on prolonge, sur des matières saines et mûres bien sûr, pour aller vers 25-28 jours de cuvaison.
L’année a été folle, folle dans les vignes, mais folle dans mes chais aussi : tout est sens dessus dessous, l’effet terroir totalement gommé par les conditions climatiques atypiques d’août et septembre. Les habituelles « meilleures cuves », celles qu’on sait issues des meilleures parcelles, ou avec des expositions superbes, ne sont pas forcément en haut du palmarès cette année. En fait, l’ensemble est plutôt homogène, la différence se fait sur le fruité à l’écoulage et donc dépend de…la fameuse date de récolte qui en a agacé plus d’un cette année. En effet, ce ne sont pas les cuves ramassées le plus tard qui s’en sortent le mieux, ni d’ailleurs les cuves ramassées les plus précocement.
Beaucoup de propriétaires, ou de vinificateurs, que je croise lors de mes tournées (ben oui, en période de vendange, je « tourne » d’une propriété à l’autre, inlassablement, je vis pratiquement 6 jours sur 7 dans ma voiture !) les vinificateurs donc, sont tous interloqués par la faiblesse de l’IPT (Indice de Polyphénols Totaux), c'est-à-dire de ce qui donne les tannins en bouche. Moi, c’est leur étonnement qui m’effare. Comme si tous avaient perdu la mémoire. On est tout simplement face à un millésime de Bordeaux très classique, très pur, avec beaucoup de fruit, équilibré, sans excès d’aucune sorte, à la manière des millésimes des années 80. Nous avons eu une suite de millésimes très alcooleux, avec beaucoup de degrés et de tannins, qu’on a vinifié comme les vins du sud, pour en exprimer le gras, la sucrosité, la force. Et là, tout le monde s’affole, la presse en tête, et descend le millésime avant même qu’il soit terminé. Mais enfin, que leur faut-il ? On a là de la couleur, du fruit éclatant, de la matière soyeuse, tout ce qu’il faut pour faire un millésime d’une grande pureté, un grand Bordeaux, avec en plus des volumes très bas (on va manquer d’au moins 1 million d’hectos rien que sur Bordeaux) ce qui va faire grimper les cours et donc permettre de vendre des vins à des prix qui vont enfin, donner de l’oxygène aux viticulteurs. Il faut juste l’expliquer aux journalistes et dégustateurs gourous, ce qui est peut-être le plus difficile !
Petite « note de lecture » : précipitez vous sur Les zinzins du zinc, Guide des meilleurs bars à vins de France de E. Labadie, P. Bourgault , Guide Fleurus, qui vient de paraître. Ce tour de France des meilleurs bars à vins est très documenté, intuitif, gourmand, bref un bijou a posséder absolument.
Autre lecture, d’un autre genre, celle de SUD-Ouest du samedi 20 octobre, où un ouvrage à paraître dévoilant les dessous du système Parker par une de ses anciennes collaboratrice fait grand bruit. L’auteur, Hanna Agostini, a droit aux honneurs d’un interview en page 3. Et là, que découvre-t-on ? Que Mme Agostini souhaite « démontrer qu'il y a un fossé entre le discours de Robert Parker et ses pratiques. Comment expliquer qu'il qualifie d'« amis », voire d'« experts en amitié », certains éminents acteurs du monde du vin, tout en martelant par ailleurs qu'il n'a pas d'amis dans ce milieu et rappelant inlassablement l'impérieuse nécessité pour un critique de garder ses distances avec le négoce, sous peine de compromettre la fiabilité de ses avis ? » Ou encore ça : « Robert Parker s'est-il rendu coupable d'injustices flagrantes ? Quand il juge un vin, il ne fait qu'exprimer son goût personnel. Si injustice il y a, elle tient surtout au fait que certains producteurs consciencieux ne peuvent pas percer simplement parce qu'ils n'ont pas accès à lui et ne peuvent donc lui faire goûter leurs vins. Il ne juge que les vins présentés par les organisateurs de ses dégustations. » Pour une fois que c’est pas moi qui le dit !

